La Cave de Natasha Preston

Imaginez une maison comme n’importe quelle autre. Dedans, une pièce. Dans cette pièce, une armoire. Derrière cette armoire, une porte. Au-delà de cette porte, des escaliers. Et en bas, une cave. Une cave où sont séquestrées trois filles, Rose, Iris et Violette, soumises à la folie maniaque et meurtrière d’un homme : Trèfle.Dans une autre maison, dans une ville où il ne se passe jamais rien, Summer mène une vie parfaitement banale. Elle a des parents, un frère, des copines, un petit ami. Mais un soir, sa route croise celle de Trèfle, et Summer ne rentre pas chez elle. Elle se retrouve enfermée dans une cave en compagnie des autres filles et rebaptisée Lilas. Mais contrairement aux autres filles, elle n’est pas prête à accepter son sort jusqu’à faner et dépérir.

 

Mon avis :

Avec La Cave, le lecteur pénètre immédiatement dans la vie et la tête de Summer, une adolescente de seize ans qui partage son temps entre ses copines, son petit ami, Lewis, et sa famille. Alors qu’elle s’apprête à rejoindre son groupe d’amies pour assister à un concert, la jeune fille se fait surprendre par un inconnu qui la kidnappe pour la jeter dans un sous-sol aménagé en appartement dans lequel vivent déjà trois autres détenues. D’abord affolée par ce qui lui arrive, Summer, rebaptisée Lilas par son agresseur, pense à se rebeller afin d’échapper à cet enfer qui se referme progressivement sur elle, mais Violette, l’une des trois autres prisonnières, la devance et se fait froidement assassinée par Trèfle, leur ravisseur. Summer comprend alors que seule, elle ne pourra rien faire… Elle a besoin d’Iris et de Rose et surtout d’un plan pour échapper au rôle que veut lui faire endosser Trèfle, celui de l’épouse parfaite. Mais comment convaincre ses deux co-détenues de l’aider quand elles ont pris le parti de coopérer pour se rendre l’existence plus facile ? Les jours passent, les semaines aussi… Summer ne cesse de chercher une issue à son calvaire tout en espérant de tout son coeur que quelqu’un, dehors, la trouve… Lewis, de son côté, ne désespère pas. Persuadé que sa petite amie est encore vivante, il se démène pour organiser au mieux les recherches, bien déterminé à ne jamais abandonner…

A travers ce roman bouleversant, l’auteure cherche à retracer le parcours douloureux de trois personnages qui nous racontent tour à tour leur perception de l’histoire. Avec Summer, le lecteur suit le cauchemar de la réclusion, l’enfer de la bataille vaine, l’identité de soi qui s’estompe au bénéfice de la survie… Grâce à Lewis, le lecteur entre dans l’enquête infructueuse, connaît le doute des retrouvailles, l’angoisse de la découverte de la vérité et l’obstination acharnée de la quête du savoir. Enfin, en pénétrant les pensées de Trèfle, le lecteur plonge dans le trouble mental obsessionnel qui s’exprime par le meurtre et la séquestration afin de satisfaire une certaine vision de la pureté suite à une série d’événements qui a marqué son enfance.

Chaque personnage est touchant par la profondeur des émotions qu’il dégage. Ces émotions sont d’ailleurs le fil conducteur de la tension narrative qui anime ce thriller psychologique incroyable qui nous fait basculer peu à peu dans l’horreur.

Les mots sont justes, le scénario impeccable. Mes seuls regrets en refermant ces pages sont :

– de ne pas savoir pourquoi Trèfle a choisi de s’éloigner de son schéma habituel en kidnappant une adolescente aimée et entourée au lieu de se cantonner aux SDF comme il avait l’habitude de le faire,

– de ne pas avoir suivi l’intégralité du parcours de Trèfle, de son enfance jusqu’à son premier passage à l’acte car cette partie de l’histoire, et en particulier sa relation avec sa mère, aurait permis de mieux cerner les causes de son trouble et de mieux comprendre son besoin de rétablir une certaine moralité.

La Cave est un presque coup de coeur pour moi car les émotions sont à chaque page et la tension créée par la structure du récit appelle vraiment à la lecture du prochain chapitre… Malgré quelques frustrations de lectrice exigeante, ce livre est une réelle réussite en terme de frissons. J’ai souffert et frémi au rythme des péripéties que doit endurer Summer. J’ai vibré quand Lewis se rapprochait de la vérité… J’étais tétanisée en marchant dans les pas de Trèfle…

Amateurs de thriller et d’émotions, ce livre est fait pour vous.

Déviants Tome 1 : Innocence de Cara Solak

Survie. Résistance. Liberté.

3 petits mots simples. Le combat de toute une vie.
La lutte commence ici…

Gabrielle, 20 ans, est une jeune fille secrète et solitaire. Mais depuis longtemps déjà, elle se sait différente, de ce genre de différence dont il ne vaut mieux pas parler. Alors elle vit avec et préfère se faire discrète en ces temps troublés.

Sa rencontre explosive avec Matthew, jeune professeur de psychologie aussi attirant qu’agaçant, voit toutes ses certitudes voler en éclats.

Parce qu’elle n’est pas seule. Ils ne sont pas seuls à être différents.
Pour le gouvernement, ils sont considérés comme des…Déviants.

Mais Gaby est-elle prête à entendre la vérité ?

 

Mon avis :

Le livre commence avec la voix de Gaby, sur les bancs de l’université, le jour de la rentrée, le premier jour de sa toute nouvelle vie à Clarks, petite bourgade tranquille de Californie.

Le lecteur comprend vite que la jeune femme n’est pas comme les autres, qu’elle a un pouvoir, celui de pénétrer la tête des gens qu’elle côtoie. Seule, isolée car recherchée par les autorités à cause de son don, Gaby va pourtant nouer des liens ambigus avec son professeur de psychologie, Matthew Baker, qui la fascine autant qu’il l’exaspère du fait de son arrogante assurance et de leur aptitude commune : lire les pensées. Et tels les deux pôles d’un aimant, les deux jeunes gens vont jouer à “Fuis-moi, je te suis. Suis-moi, je te fuis” jusqu’à ce que la situation se complique et que Julia, la meilleure amie de Gaby, soit sur le point de se faire arrêter pour avoir découvert, au hasard d’une enquête de police, une liste secrète… que le gouvernement protège.

Sans penser aux conséquences de leurs actes, Matthew et Gaby vont se lancer à la rescousse de la jeune femme et, par la même, plonger au coeur de la résistance qui s’organise afin de contrer l’arrestation systématique et sans fondement de ce qu’ils sont : des Déviants…

 

Si l’entrée dans cette histoire a été quelque peu compliquée pour moi, la suite n’a été que pure plaisir.

Le scénario, après quelques chapitres introductifs un peu longs, prend vraiment son envol pour ne plus jamais lâcher le suspense. L’histoire flirte sans cesse avec la trahison et le doute, l’incertitude et la manipulation. Le final est superbe et donne le ton pour une suite extrêmement intéressante…

 

Les deux personnages principaux sont tout en relief et campent des héros aussi sensibles que déterminés.

Dans le rôle de la novice, Gaby joue de curiosité et de force de caractère pour faire avancer le récit tout en préservant le mystère.

Matthew, lui, reste assez en retrait pendant une bonne moitié de l’aventure pour finalement nous dévoiler ses attentes ainsi que ses appréhensions. A ce moment du roman, les barrières tombent et la romance fait basculer le thriller vers des nuances plus subtiles du fait des sentiments qui se déploient.

Il faut ajouter aussi que ce livre possède une pléiade de seconds rôles indispensables. J’ai tout particulièrement aimé celui d’Evan, le confident qui deviendra également l’initiateur de Gaby dans le contrôle et le développement de ses pouvoirs. J’ai adoré aussi celui de Jake Sawyers, le père de Gaby, maillon essentiel au destin tragique…

 

Le style de l’auteure m’a un peu laissée perplexe au départ, puis je me suis habituée à cet enchaînement de phrases simples mais efficaces, à ces dialogues tranchés, pour ne finalement ressentir que l’énergie de la narration et la force des émotions.

 

Mon seul petit regret : que l’univers dystopique, mélange d’autoritarisme et de restrictions liées au développement durable, ne soit pas plus marqué car même s’il organise le quotidien de cette société, il aurait été souhaitable qu’il s’exprime de façon plus engagée, voire contraignante.

 

Ce premier tome de Déviants me donne clairement envie de connaître la suite de cette saga young adult qui oscille délicieusement entre dystopie et thriller tandis que la romance titille nos sens au fil des pages. L’histoire ainsi que son traitement m’a un peu fait penser à la série américaine Tomorrow People’s. Merci aux éditions Plumes du Web pour m’avoir fait connaître un deuxième coup de coeur.

A lire de toute urgence pour tous les frissons qu’il procure.

La Nuit des Fugitifs de Manon Fargetton

Trois ans après avoir découvert leurs extraordinaires pouvoirs, Izia et Morgane, dotées respectivement d’une vue perçante et d’une force de séduction, ont commencé une nouvelle vie, dans l’anonymat de leur identité secrète. E-Nathan, l’IA créée par leur ami assassiné par Pro-Eve – une organisation militant contre l’existence des mutants – les protège et les guide via son interface ou leurs téléphones.
Chacune évolue indépendamment mais le destin a décidé de les réunir à nouveau, lors d’un show télévisé présentant des mutants au public. Mais les filles ne sont pas seules, Samuel, le mutant à la santé de fer qui les a trahies pour rejoindre son père – le scientifique à l’origine du projet d’expérimentation génétique -, et Timothée, l’empathe, sont également présents. Le premier pour participer au show, le second pour servir une organisation secrète dont le but est de voler des informations qui doivent être révélées lors de l’émission.
Très vite, les forces en présence s’affrontent et le show est interrompu. Pris en otages, les quatre jeunes gens vont devoir mettre de côté leurs différents passés pour affronter l’ennemi et comprendre ce qui se passe vraiment.
Après le Suivant sur la Liste, Manon Fargetton nous propose La Nuits des Fugitifs, ce X-Men à la française extrêmement bien construit et à la prose efficace.
Dès le début, le ton est donné et le suspense nous emporte pour ne jamais nous lâcher.
L’histoire, racontée à cinq voix, développe le point de vue et les actions menées par chaque personnage, respectant ainsi la personnalité de tous et utilisant les capacités spécifiques des héros pour servir le récit.
Personnellement, dans ce second tome, j’ai particulièrement apprécié suivre Izia (alors que dans le premier tome, j’avais eu un vrai coup de coeur pour Timothée). Je l’ai trouvée drôle, pleine de bon sens et de maturité pour son âge. Car, ici, la jeune fille devient un leader naturel que l’on a plaisir à écouter.
Le bémol réside, pour moi, dans le choix des aptitudes mutantes des héros que j’ai trouvé peu original, sinon ce roman aurait pu être un coup de coeur tant il est bien mené.
Avec ce deuxième et dernier tome, l’auteure conclut brillamment sa saga, ce qui est tellement rare dans une série que je souhaite absolument le souligner.
La Nuit des Fugitifs est un thriller haletant, extrêmement bien ficelé, qui se lit vite et facilement pour un maximum de plaisir.

Le Suivant sur la Liste de Manon Fargetton

Nathan, 14 ans, petit génie de l’informatique, est sur le point de découvrir quelque chose d’important concernant une clinique privée lorsqu’il meurt dans un tragique accident de voiture. Mais était-ce vraiment un accident ? Izia n’en est pas certaine, elle a cru voir le chauffeur accélérer avant l’impact.
Peu après, l’adolescente se sent suivie, espionnée. Et tandis qu’elle reçoit un étrange e-mail du défunt, Izia ne peut s’empêcher de fouiller cette affaire. Elle n’est d’ailleurs pas la seule. Morgane, la super star du collège, Timothée, le cousin autiste de Nathan, ainsi que Samuel, le marginal s’engouffrent eux aussi dans cette histoire. Ensemble, les quatre jeunes gens vont mettre à jour des informations capitales. Une découverte qui bouleversera leur vie et celle de l’humanité …

Le Suivant sur la Liste est un bon thriller fantastique pour adolescent. Raconté à six voix par les principaux protagonistes, ce roman cultive le mystère et rebondit de péripéties en énigmes.
L’histoire est pourtant simple. Un adolescent (Nathan) pirate les données confidentielles d’une clinique privée. Il meurt mais laisse en héritage à quatre de ses paires des messages aussi inquiétantes que surprenants. Ces derniers, intrigués par les propos du défunt, se rassemblent pour dénouer les fils du mystère tandis que, dans l’ombre, les méchants se lancent à leurs trousses.
Le récit est rythmé. Les personnages alimentent tour à tour le suspens. La tension narrative grandit et le lecteur est pris dans une formidable spirale de questionnement.
Le final est très réussi, il laisse présumer d’une suite des plus intéressantes.
Quant aux quatre jeunes héros, je les ai tous trouvés accrocheurs. Ma préférence va cependant à Timothée, l’empathe un peu autiste, qui confère à l’histoire une tournure fantastique que j’affectionne tout particulièrement.
Avec le Suivant sur la Liste, vous passerez un agréable moment de lecture, même si le public visé concerne clairement la tranche d’âge 11/15 ans.

A la Folie de Cindy Lia

Infirmière fraîchement diplômée en psychiatrie, Alicia rejoint l’équipe du Center Hospital, vieille institution au cœur de New-York dont les légendes précèdent la réputation. Entre secrets et phénomènes inexplicables, la bâtisse renferme son lot de mystères. À commencer par Julian, un patient au tempérament de feu qui, à peine arrivé, donne déjà du fil à retordre aux équipes en place. Alors que la loi du silence règne entre les murs, Alicia se retrouve au cœur d’une série de meurtres non résolus qui la plongent rapidement dans une enquête au péril même de sa vie…

 

Mon avis :

Avec A la Folie, le lecteur pénètre immédiatement dans un thriller psychologique envoûtant qui met en scène une infirmière inexpérimentée mais pleine de bonnes intentions, Alicia, au prise avec sa vie personnelle mais bien décidée à s’affirmer par son métier et les responsabilités qui lui incombent. Pourtant, dès le premier jour, rien ne se passe comme prévu. Un patient la prend en otage, des menaces sont glissées dans son vestiaire, des cadeaux étranges l’attendent sur le pas de sa porte… Alicia en est certaine, quelqu’un cherche à la déstabiliser. Mais pourquoi ? L’infirmière mène l’enquête et tandis que l’étau se resserre autour d’elle, des pans de son passé et de sa vie vont éclater…

En commençant cette lecture, je suis immédiatement tombée sous le charme de la plume de l’auteure, Cindy Lia. Les mots sont bien choisis, les phrases portent les émotions et les dialogues apportent la touche d’énergie nécessaire à l’envolée de ce texte.

Le scénario ne reste pas en reste. Oscillant entre suspense et tension amoureuse, l’intrigue s’intensifie page après page pour devenir complètement addictive à mesure que le mystère s’épaissit autour de l’héroïne et que les pistes prennent de la vigueur pour nous dérouter. Chaque élément est pensé, réfléchi pour alimenter le thriller et perturber les attendus.

Les personnages sont extraordinaires, profonds, crédibles, touchants… L’héroïne en tête. Grâce à son récit à la première personne, Alicia nous emporte dans son histoire, son passé, ses phobies pour ne plus nous lâcher jusqu’à cette conclusion surprenante.

Alors vous l’aurez compris, A la Folie est un véritable coup de coeur littéraire pour moi. Un livre qui m’a arraché des frissons de peur mais qui a également su me toucher par sa sincérité, son humour, sa modernité et son analyse.

Je remercie énormément les Éditions Plumes du Web pour m’avoir confié la chronique de ce roman à côté duquel je serais sans doute passée… Grave erreur, ce livre est une pépite qu’on ne peut plus lâcher une fois commencé et qui, je l’espère, gagnera au plus vite votre PAL pour un plaisir garanti.

La Veuve de Fiona Barton

A la mort de son mari, Glen, Jane Taylor n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle vit recluse dans sa maison pour éviter la horde de journalistes qui tambourine à sa porte depuis bientôt quatre ans, depuis que Glen a été soupçonné dans l’enlèvement de la petite Bella.
Partagée entre ses souvenirs heureux d’un passé sans tache et son effroyable présent, la veuve décide finalement de clore ce chapitre de sa vie en se confiant, contre toute attente, à Kate, une journaliste de presse écrite à la recherche DU scoop… Commence alors un long témoignage sur les traces de la vérité… Une vérité qui n’aura de cesse de rebondir pour mieux nous surprendre.

En commençant La Veuve, le lecteur est immédiatement plongé au coeur du quotidien de Jane Taylor, cette quadragénaire effacée, épouse du célèbre Glen Taylor, auteur présumé de l’enlèvement de Bella il y a quatre ans.
L’histoire commence par une narration à la première personne dans laquelle Jane, dont nous partageons les pensées, nous apprend qu’elle est heureuse du décès de son mari sans pour autant nous en expliquer la cause. Le mystère s’épaissit lorsque la veuve, malgré les avertissements de feu son époux, reçoit la journaliste, Kate, à son domicile et nous laisse partager ses souvenirs heureux d’un passé immaculé. Les chapitres s’enchaînent et le lecteur ne sait plus quoi penser car Jane étale devant nos yeux dubitatifs sa vie parfaite en compagnie de l’homme idéal. L’écart se creuse entre sa joie initiale concernant l’événement tragique qui est sensé l’accabler, la présence incessante des médias et ce discours discordant d’une femme sous emprise, soumise aux règles d’un mari pourtant absent. L’ambiguïté s’installe, le doute aussi. Puis viennent les chapitres écrits à la troisième personne où l’inspecteur chargé de l’enquête, Bob, ainsi que Kate nous explique, avec mesure, l’ampleur de la tragédie. Une petite fille a été enlevée. Par Glen ? Cet homme si merveilleux que Jane ne cesse de nous décrire ? Notre esprit logique de lecteur averti s’affole… Dans quelle histoire sommes-nous embarqués ? Qui est coupable ? Complice ? Que sait la veuve ? Nous cache-t-elle d’horribles révélations ? Et enfin, la trame du scénario éclate, à travers le témoignage de Jane, bien sûr, mais aussi grâce aux nombreux flashes-back qui s’intercalent dans le présent, comme les pages manquantes d’une histoire incroyable.

La force de ce livre réside essentiellement dans la structure du scénario qui désarticule le fait divers pour créer un immense puzzle à triple entrée. Avec Jane, on vit d’abord un mélange de présent et de passé complètement orienté, subjectif, en fonction de ce que la veuve a vécu et ressenti. Elle nous expose sa naïveté, sa douleur, ses incompréhensions, sa méfiance aussi… Avec Bob, on plonge dans l’enquête de terrain, le procès, la relax et la nouvelle enquête qui s’avère, quant à elle, concluante. Le lecteur entraperçoit enfin les faits de façon beaucoup plus objective, scientifique, logique. Avec Kate, on assiste à la médiatisation de l’affaire, à la course au scoop, à la manipulation…

Avec une plume légère et sincère, l’auteure nous retranscrit merveilleusement bien les émotions et pensées de son héroïne, Jane, qui nous apparaît tour à tour soumise, lucide, candide avant de nous bluffer par son objectivité finale. Quand elle fait parler Kate ou Bob, Fiona Barton se retranche dans le vocabulaire professionnel des deux autres personnages, les faisant vivre et respirer au rythme de leur travail. Leur obsession de détenir la vérité nous conduit dans une ambiance plus sombre et plus haletante qui flirte magistralement avec le suspense.

Question structure, le sel du thriller est là. Témoignages, fausses pistes, course contre la montre, rebondissements se disputent la vedette pour nous proposer une histoire riche et bien amenée alors qu’elle repose, à l’initial, sur un fait divers complètement banal malgré sa dimension tragique.

Ce que j’ai particulièrement aimé dans ce roman, c’est que tous les aspects du récit sont traités avec une rigueur et une émotion incroyable. Le personnage de Jane est plus que bien construit, c’est lui et sa personnalité qui donne le ton à l’histoire et la fait sortir de sa simplicité. Jusqu’au dernier moment, personne ne sait vraiment qui est cette veuve et surtout quel rôle elle a joué dans cette affaire.

La Veuve est pour moi un coup de coeur littéraire indéniable et je ne peux que vous conseiller d’en ouvrir les pages pour en savourer toute la richesse.
Pour les fans de Mary Kubica.

Dualed, Tome 2 : Divided de Elsie Chapman

Maintenant qu’elle est accomplie, West réapprend la vie. Jonglant entre sa relation avec Chord, ses cours au lycée, son boulot d’assistante en maniement des armes et ses séances de psy, le jeune fille ne chôme pas. Alors lorsque le Conseil la convoque, West imagine le pire. Son passé de chasseuse est certainement en train de la rattraper… à moins qu’on ne veuille lui confier une mission un peu spéciale…

En refermant Dualed, je ne voyais pas trop quelle suite pouvait nous proposer Elsie Chapman puisque l’histoire était finie. Elle manquait certes d’une meilleure description de la société dans laquelle évolue West, manque qui est finalement comblé par ce second volume.
Dans la suite de son récit, l’auteure a donc choisi de faire intervenir un membre haut placé du Conseil, Sabian, qui propose à notre héroïne d’accomplir une toute dernière mission de chasseuse : éliminer les Alts de trois des enfants du Conseil en échange d’une vie d’accompli pour ses propres enfants. Après quelques hésitations, West accepte le marché mais lorsqu’elle se retrouve en situation, face à ses nouvelles « victimes » les événements prennent une tournure plutôt inattendue… Incapable de tuer ses nouvelles cibles, l’adolescente les transforme, grâce à une arme inédite, en non-Alts, en personnes ne possédant plus ni droits ni vie dans la ville de Kersh mais complètement libres… et surtout vivantes. A ce moment du récit, les rebondissements vont se multiplier pour parvenir à… Non, je ne dévoilerai rien afin de préserver le suspense de l’intrigue.
Sachez cependant que si le début de l’histoire manque d’énergie et de conviction, le développement et la conclusion sont quant à eux menés d’une main de maître. Dans ce tome, la surprise est au rendez-vous, les révélations pleuvent (même si elles ne vont pas toutes dans le sens dans lesquelles on les attendait) et les héros s’affranchissent des règles pour inventer leur propre jeu.
Le style d’Elsie Chapman est toujours aussi fluide et agréable, bien dans l’ère du temps.
Un roman que j’ai eu plaisir à suivre et que vous pouvez lire indépendamment du premier si vous aimez les dystopies qui flirtent avec le thriller ainsi que la science fiction.

Méthode 15-33 de Shannon Kirk

Kidnappée sur le chemin de l’école, une jeune fille de 16 ans, enceinte de huit mois, se réveille à l’arrière d’une camionnette. Les yeux bandés, elle écoute son instinct logique et compte les pas qui la conduisent dans sa chambre prison. A l’affût du moindre détail, elle commence à noter, mentalement, puis dans le carnet que son ravisseur lui procure les habitudes de ce dernier ainsi que toute la liste des choses qui sont mises à sa disposition. Elle consigne également chaque visite du médecin, comme celles des gens qui veulent lui prendre son bébé.
Les jours passent, un plan s’échafaude…
Elle ne laissera rien ni personne faire du mal à l’enfant qu’elle porte. Elle s’échappera. Et elle les tuera. Tous.

Méthode 15-33 est un drôle de thriller, très addictif et palpitant, qui met en scène une héroïne aussi, si ce n’est plus, psychopathe que ses ravisseurs ainsi qu’un agent fédéral aux méthodes particulières…
Racontée à deux voix, l’histoire nous fait vivre les événements selon deux points de vue. Celui de la victime, une jeune sociopathe à l’esprit cartésien, habituée par ses parents depuis toute petite à affronter des situations délicates et qui va s’appliquer, jour après jour, à fomenter un plan d’évasion et de vengeance. Et celui d’un agent fédéral qui ne lâche rien, à l’acuité visuelle remarquable et à la mémoire prodigieuse. Il est assisté dans sa tâche par une partenaire aux sens ultra développés qui n’hésite pas à molester ses suspects.

Même si le scénario n’est pas « découpé » en plusieurs actes, il respecte néanmoins trois parties distinctes et inégales. Le lecteur suit d’abord le kidnapping ainsi que la séquestration au cours de laquelle les héros collectent des indices pour résoudre leur problème. La jeune fille pour sa quête de liberté, les policiers pour résoudre l’enquête. Cette étape, même si elle comporte quelques longueurs inhérentes au fait que chaque narrateur éprouve le besoin de nous expliquer dans le détail ses capacités, son histoire ainsi que le déroulé de ses actions, pose les bases de l’histoire, l’ambiance, le décor, les personnages. Pour ma part, elle a été ma partie préférée. J’ai accroché de suite avec le caractère de la victime, j’ai aussi aimé imaginer ce qu’elle pourrait faire avec l’ensemble des données collectées. Enfin, j’ai adoré lire un thriller où la victime ne se laisse pas abattre mais prend le taureau par les cornes pour rendre coup pour coup.
La seconde partie du récit concerne l’évasion. Dans ces chapitres, l’auteure nous conduit de rebondissements en rebondissements, entre succès et défaites, entre surprises et frissons. Cette partie est très certainement la plus active de toutes puisque c’est dans ces chapitres que figure la résolution de l’histoire.
Enfin, il y a cette troisième partie où le lecteur assiste au procès des complices, aux mensonges de l’héroïne ainsi qu’à sa vengeance étalée sur plusieurs décennies avant de parvenir à cette conclusion douce-amère. Je dois dire que c’est l’épisode qui m’a posé le plus de problème en raison des faux témoignages et de la manipulation qu’opère la victime pour obtenir compensation. Même si j’ai aimé la résolution finale, je n’ai pas adhéré au cheminement pour y parvenir.

Méthode 15-33 est au final une lecture plaisante pour qui aime vibrer au rythme d’un récit tout en tension. Pour ma part, j’ai vraiment adoré le personnage principal, cette adolescente à contre-courant qui n’est ni fragile ni stupide ni impressionnable. J’ai aimé l’enquête, les rebondissements à mi-parcours qui ajoutent du suspense et qui prennent de cours le lecteur. J’ai apprécié aussi les enjeux du livre, très forts et dramatiques. Ce roman aurait pu être un formidable coup de coeur si certaines longueurs avaient été évitées et, surtout, si les parties du procès et de la vengeance n’avaient pas empiété sur la morale, celle qui nous permet de rester, en toutes circonstances, dans le droit chemin…

Dualed, Tome 1 : Dualed de Elsie Chapman

A Kersh, la vie revient aux plus forts. Lorsque vous êtes activés, vous avez 31 jours pour éliminer votre double afin de montrer à la société que vous êtes dignes de la défendre et de vivre.
Pour West, une adolescente de quinze qui a déjà perdu toute sa famille, l’activation prend une toute autre signification. Elle sonne le glas de la fuite, celle du reniement de ce qu’elle a toujours été : une battante. Car West ne veut pas risquer la vie de Chord, récemment accompli ; elle sait que si elle reste, le jeune homme fera tout pour la protéger et elle n’est pas prête à sacrifier la dernière relique de son existence passée. Alors, pour passer le temps et acquérir de l’expérience, West devient chasseuse et traque illégalement les Alts des autres. Elle sait que dans 31 jours, elle n’aura d’autre choix que de faire face à ses problèmes sous peine d’être désactivée mais la jeune fille n’en a cure, elle veut juste pour un temps oublier ces chaînes qui l’entravent, retrouver un second souffle et, peut-être, trouver la motivation qui lui manque pour sauver sa peau…

Premier roman d’Elsie Chapman, Dualed marque le début d’une saga dystopique Young Adult.
Si le récit démarre sur les chapeaux de roue avec l’activation de Chord et l’assassinat de Luc, le frère de West, il ralentit l’allure assez rapidement pour s’enliser dans les réflexions existentielles de l’héroïne, West, une jeune fille de quinze au caractère bien trempé. En perdant le dernier membre de sa famille, l’adolescente réalise soudain qu’il ne lui reste plus rien et se demande vraiment si elle a encore la force de vivre, si elle mérite sa place au sein de cette société. Les sentiments qu’elle éprouve pour Chord et qu’elle ne s’autorise pas à admettre la conforte dans son idée d’échapper à toute cette frénésie qui anime les nouveaux activés. Et pour alimenter son moulin, lorsque son tour survient, Chord veut absolument la protéger au péril de sa propre vie. Pour West, c’en est trop. Elle doit fuir, très loin, très vite, avant qu’il ne soit trop tard et qu’elle perde encore quelqu’un. La jeune devient alors chasseuse et tue sans vergogne les doubles de parfaits inconnus, comme pour se prouver qu’elle peut le faire, qu’elle peut être utile et efficace.
Dans cette histoire, les personnages, en particulier celui de l’héroïne, sont solides et défendent assez bien le récit. Seulement, voilà ! Je ne m’attendais pas à voir le roman prendre cette direction. Je pensais trouver un affrontement qui conduirait à un choix délicat permettant de remettre en cause cette société qui exige de ses sujets le sacrifice de leur vie ou de leur âme. Je pensais que l’auteure jouerait sur cette aspect de la gémellité des individus pour faire rebondir son roman. Elsie Chapman a opté pour un tout autre chemin, celui de la remise en cause de la valeur de la vie puis celui de la défense de l’amour.
Même si la narration comporte parfois des longueurs, j’ai particulièrement apprécié la fin où tout s’accélère, où l’héroïne ne peut plus se défiler et accepte enfin son rôle.
Le style, quant à lui, est efficace ; il touche en allant droit à l’essentiel.
Alors même si le roman m’a un peu surprise, qu’il a pris des tours tortueux pour arriver au bout de son histoire, je reste charmée par ce texte aux questions de fond intéressantes. La valeur de la vie se mesure-t-elle par rapport à nos actes de bravoures ou celle de notre dévotion ? Et deux êtres totalement identiques, s’ils suivent des chemins de vie différents, peuvent-ils au bout du compte être semblables ou au contraire diamétralement opposés ? C’est sur ces questions que je vous laisse réfléchir tout en vous recommandant d’ouvrir Dualed, il vous ouvrira les portes d’un monde différent, à l’ambiance unique. Un monde vu à travers les yeux d’une adolescente qui se cherche et qui finit par se trouver…

Starters de Lissa Price

La guerre des spores a balayé la quasi totalité des adultes. Dans cette société en reconstruction, seuls les Starters, les plus jeunes, et les Enders, les plus vieux, ont survécu. Les Starters qui n’ont pas de tuteurs légaux vivent en marge, sans maison ni ressources, tandis que leurs aînés affichent leurs richesses sans honte ni pudeur. Bien que le procédé soit illégal, Callie, jeune orpheline de seize ans, est prête à céder son enveloppe charnelle à une société spécialisée dans la location de corps contre une somme d’argent qui lui permettra de les faire vivre, elle et son petit frère, pendant plus d’une année. Après quelques essais fugaces mais concluants, l’adolescente s’engage pour un contrat plus long. Un mois entier sous l’emprise d’une Ender inconnue. Malgré les doutes et les angoisses, la jeune fille échange sa place. A son réveil dans un club de nuit, Callie se rend compte que quelque chose cloche ; elle ne devrait pas être là mais sur un lit d’hôpital. Qu’a-t-il bien pu se passer ? Et pourquoi entend-elle cette voix, dans sa tête, qui l’avertit qu’elle court un grand danger ?
Entre manipulations et enquête, la vie de Callie a définitivement basculé. Ce qu’elle ne sait pourtant pas c’est que le complot dans lequel elle a mis les pieds à son insu, la privera bien plus que de la récompense promise.

Avec Starters, la dystopie science fiction de Lissa Price démarre dans l’angoisse du lendemain d’une adolescente, Callie, qui ne souhaite qu’une seule chose : sauver son petit frère de la rue et de la maladie. Profitant de sa crédulité, la société de location des corps lui promet une petite fortune contre l’utilisation de son corps. Après quelques réticences, Callie accepte, rêvant déjà de la vie qu’elle pourrait offrir à son frère. Mais l’opération tourne mal et l’adolescente émerge dans la vie d’une autre, une Ender de plus de cent ans, qui mène grand train et qui prévoit de perpétrer un meurtre. Paniquée à l’idée de perdre le peu de liberté qu’il lui reste, Callie déjoue tous les plans de sa locataire avant de reperdre le contrôle de son corps. Ballottée entre des périodes de rêves et de conscience, la jeune fille découvre avec effroi que les manigances de sa locataire se poursuivent. Pour sauver sa vie ainsi que celle de son frère, Callie enquête et met le doigt sur une abominable vérité qui dépasse tout ce qu’elle avait imaginé.
Dans un style concis et agréable, l’auteure met en scène son intrigue, son décors et tous ses personnages avec un certain brio. Rien ne perturbe la lecture, tout est dosé avec soin pour procurer plaisir et sensations.
Le récit est bien structuré et ménage le suspense jusqu’au bout. Et quelle fin ! Une de celle qui vous invite à plonger dans le second tome sans attendre car Starters dépasse la simple histoire young adult, il porte un message altruiste et généreux caché dans un thriller à l’univers incroyable.
A lire !!!