Eden, Tome 1 : Le Mirage de Gemma de Blandine P. Martin

Et si sa vie tout entière n’était qu’un mensonge ?
L’humanité a abandonné la Terre dévastée pour Gemma, véritable havre de paix. Mais cette tranquillité a un prix…
Entièrement dévouée au gouvernement, Eden est membre émérite du groupe de répression chargé de faire respecter la paix. Et pour faire régner l’ordre, elle n’hésite pas à faire usage de toute la violence nécessaire. Sa mission au service du peuple vaut tous les sacrifices.
Mais son infiltration dans les rangs d’un groupe de rebelles, et les rencontres qu’elle y fera, dont une en particulier, vont faire vaciller ses valeurs et bouleverser ses certitudes.
Pour les rebelles comme pour elle, tout pourrait bien changer…
Mon avis :

Le Mirage de Gemma, premier tome d’une saga d’anticipation intitulée Eden commence avec panache par un meurtre de sang-froid. Son héroïne, Eden, est une tueuse à gage à la solde du gouvernement chargée d‘éliminer les dissidents… Son quotidien est fait d’ordres de mission qu’elle exécute sans jamais se poser de question, guidée par sa foi aveugle dans le système politique de Gemma, sorte d’utopie basée sur le pacifisme, le calme et le respect des règles édictées (prohibition, moralité irréprochable, intégrité…) Quand la jeune femme est désignée pour une mission d’infiltration dans un groupuscule rebelle, Eden pense résoudre ce problème comme elle l’a toujours fait, en comptant sur son impartialité. D’abord mise à l’épreuve afin de prouver sa loyauté, Eden est ensuite intégrée à la faction rebelle où elle découvre peu à peu l’envers du décors… Et tandis que des opérations de grande envergure se mettent en place pour déstabiliser le pouvoir en place, Eden commence à douter… Et si le gouvernement de Gemma cachait en son sein des criminels notoires et des desseins malhonnêtes… Perdue, ne sachant plus vers qui se tourner, Eden devra choisir son camp…
Le scénario de ce premier tome suit la trame d’une enquête classique avec son lot de rebondissements qui arrive toujours à point nommé pour donner à l’ensemble une tension sans surprise mais convaincante. La romance qui est mise en place, même si elle manque d’originalité, alimente le suspense. La conclusion de ce récit est, pour moi, le point fort de ce roman. Elle laisse entrevoir beaucoup de potentiel quant à ce qui s’en suivra dans les prochains tomes…
Le style de l’auteure est agréable, fluide. Il met en scène une héroïne d’abord froide et dénuée de sentiments qui obéit à la lettre aux ordres qu’elle reçoit. La mission d’infiltration va la changer et la faire évoluer jusqu’à devenir la pièce maîtresse de la réussite ou de l’échec du coup d’état qui se trame en coulisse…
Dans ce tome, chaque personnage est cohérent et construit pour apporter son soutien à l’histoire. Si j’ai apprécié Eden et Henry, je n’ai en revanche pas vraiment accroché avec le leader rebelle que j’ai trouvé trop stéréotypé pour être touchant.
L’univers science fiction est très peu présent alors qu’il aurait pu faire toute la différence. Heureusement, la dystopie prend le relais pour nous entraîner vers un questionnement à la fois politique et philosophique.

Au final, le Mirage de Gemma marque le début d’un récit intrigant, dont la suite promet d’être croustillante à condition qu’elle ne bascule pas vers des schémas trop connus.

Biblical de Christopher Galt

Hallucinations collectives ou fin du monde imminente… ?
Du jour au lendemain, une vague d’hallucinations balaie le monde : visions, spectres, flashbacks du passé… Au début, ces visions n’ont rien de remarquable. Il s’agit souvent d’objets égarés dans le temps, d’ombres distinguées du coin de l’œil ou encore d’aperçus d’amis ou de parents depuis longtemps décédés. Mais progressivement, ces manifestations ont tendance à se prolonger et à se répandre, à devenir plus saisissantes. Plus terrifiantes.
Alors que ces phénomènes prennent une tournure réellement apocalyptique et que le chaos généralisé menace, certaines personnes se réfugient dans la religion, d’autres en appellent à la science.
Seul un homme, motivé par des raisons intimes aussi bien que professionnelles, est en mesure de soupçonner la vérité. Mais ce que découvre ce psychiatre, John Macbeth, dépasse de loin les frontières de la religion et de la science. Et cela pourrait lui coûter sa raison comme sa vie…

 

Le livre commence dans la salle de réunion d’un grand laboratoire de recherches, lors d’une présentation de travail. Là, une équipe propose de pratiquer des tests psychiatriques sur un cerveau artificiel afin de mesurer les effets d’une pathologie donnée sur une I.A. isolée de toutes autres données…
Dans le même temps, partout dans le monde, une série d’hallucinations individuelles comme collectives tend à se répandre tel un virus lors d’une pandémie. Les conséquences en sont nombreuses : suicides, attentats, actes de barbarie, violences isolées…
Très vite, les meilleurs scientifiques sont invités à se pencher sur la question et parmi eux, John Macbeth, éminent psychiatre et membre actif du projet P1 en charge de mettre à l’épreuve la fameuse intelligence artificielle face aux maladies mentales que l’homme peut rencontrer.
A travers les témoignages d’une dizaine de personnes, de tout âge, de tout sexe et de tout milieu social, le lecteur chemine dans un patchwork d’expériences où se mêlent visions et réalité, passé et présent.
Si le début du roman est marqué par la structure du thriller, le développement s’essouffle en nous proposant une collection d’événements sans réel rapport les uns avec les autres. Le personnage principal, John Macbeth, y contribue aussi pour beaucoup, car il n’endosse que très tardivement le rôle d’enquêteur et de « sauveur ». La fin est brillante mais peu étoffée si bien qu’elle nous laisse perplexes quant aux intentions de l’auteur qui ne cesse d’opposer la science à la religion pour finalement remettre en question toute cette analyse en considérant les réponses apportées par l’I.A. comme une singularité négligeable.
Les personnages sont convaincants bien qu’ils n’apportent pas tous quelque chose au récit. Les témoignages de certains d’entre eux compliquent parfois le scénario inutilement.
J’ai tout particulièrement apprécié celui du docteur Hoberman qui était, selon moi, la pièce maîtresse de ce puzzle mais dont l’auteur a préféré se séparer…
Le style est agréable, parfois compliqué, mais la structure connaît trop de lourdeurs qui plombent la tension narrative.
Biblical est un roman de science fiction intéressant par les questions qu’il soulève et les concepts scientifiques qui le sous-tendent mais qui manque malheureusement d’intensité dans son fil narratif. Le potentiel était pourtant là…
Pour ma part, je ne trouve pas cette lecture décevante car elle invite à la réflexion philosophique et nous apporte beaucoup d’éléments d’analyse tant au niveau scientifique que psychologique mais j’aurais préféré qu’elle suive un scénario plus entraînant plutôt qu’un catalogue de témoignages qui ne révèle sa fonction qu’au cours des trois dernières pages.