La Cave de Natasha Preston

Imaginez une maison comme n’importe quelle autre. Dedans, une pièce. Dans cette pièce, une armoire. Derrière cette armoire, une porte. Au-delà de cette porte, des escaliers. Et en bas, une cave. Une cave où sont séquestrées trois filles, Rose, Iris et Violette, soumises à la folie maniaque et meurtrière d’un homme : Trèfle.Dans une autre maison, dans une ville où il ne se passe jamais rien, Summer mène une vie parfaitement banale. Elle a des parents, un frère, des copines, un petit ami. Mais un soir, sa route croise celle de Trèfle, et Summer ne rentre pas chez elle. Elle se retrouve enfermée dans une cave en compagnie des autres filles et rebaptisée Lilas. Mais contrairement aux autres filles, elle n’est pas prête à accepter son sort jusqu’à faner et dépérir.

 

Mon avis :

Avec La Cave, le lecteur pénètre immédiatement dans la vie et la tête de Summer, une adolescente de seize ans qui partage son temps entre ses copines, son petit ami, Lewis, et sa famille. Alors qu’elle s’apprête à rejoindre son groupe d’amies pour assister à un concert, la jeune fille se fait surprendre par un inconnu qui la kidnappe pour la jeter dans un sous-sol aménagé en appartement dans lequel vivent déjà trois autres détenues. D’abord affolée par ce qui lui arrive, Summer, rebaptisée Lilas par son agresseur, pense à se rebeller afin d’échapper à cet enfer qui se referme progressivement sur elle, mais Violette, l’une des trois autres prisonnières, la devance et se fait froidement assassinée par Trèfle, leur ravisseur. Summer comprend alors que seule, elle ne pourra rien faire… Elle a besoin d’Iris et de Rose et surtout d’un plan pour échapper au rôle que veut lui faire endosser Trèfle, celui de l’épouse parfaite. Mais comment convaincre ses deux co-détenues de l’aider quand elles ont pris le parti de coopérer pour se rendre l’existence plus facile ? Les jours passent, les semaines aussi… Summer ne cesse de chercher une issue à son calvaire tout en espérant de tout son coeur que quelqu’un, dehors, la trouve… Lewis, de son côté, ne désespère pas. Persuadé que sa petite amie est encore vivante, il se démène pour organiser au mieux les recherches, bien déterminé à ne jamais abandonner…

A travers ce roman bouleversant, l’auteure cherche à retracer le parcours douloureux de trois personnages qui nous racontent tour à tour leur perception de l’histoire. Avec Summer, le lecteur suit le cauchemar de la réclusion, l’enfer de la bataille vaine, l’identité de soi qui s’estompe au bénéfice de la survie… Grâce à Lewis, le lecteur entre dans l’enquête infructueuse, connaît le doute des retrouvailles, l’angoisse de la découverte de la vérité et l’obstination acharnée de la quête du savoir. Enfin, en pénétrant les pensées de Trèfle, le lecteur plonge dans le trouble mental obsessionnel qui s’exprime par le meurtre et la séquestration afin de satisfaire une certaine vision de la pureté suite à une série d’événements qui a marqué son enfance.

Chaque personnage est touchant par la profondeur des émotions qu’il dégage. Ces émotions sont d’ailleurs le fil conducteur de la tension narrative qui anime ce thriller psychologique incroyable qui nous fait basculer peu à peu dans l’horreur.

Les mots sont justes, le scénario impeccable. Mes seuls regrets en refermant ces pages sont :

– de ne pas savoir pourquoi Trèfle a choisi de s’éloigner de son schéma habituel en kidnappant une adolescente aimée et entourée au lieu de se cantonner aux SDF comme il avait l’habitude de le faire,

– de ne pas avoir suivi l’intégralité du parcours de Trèfle, de son enfance jusqu’à son premier passage à l’acte car cette partie de l’histoire, et en particulier sa relation avec sa mère, aurait permis de mieux cerner les causes de son trouble et de mieux comprendre son besoin de rétablir une certaine moralité.

La Cave est un presque coup de coeur pour moi car les émotions sont à chaque page et la tension créée par la structure du récit appelle vraiment à la lecture du prochain chapitre… Malgré quelques frustrations de lectrice exigeante, ce livre est une réelle réussite en terme de frissons. J’ai souffert et frémi au rythme des péripéties que doit endurer Summer. J’ai vibré quand Lewis se rapprochait de la vérité… J’étais tétanisée en marchant dans les pas de Trèfle…

Amateurs de thriller et d’émotions, ce livre est fait pour vous.

The Memory Book de Lara Avery

On me dit que ma mémoire ne sera plus jamais la même, que je vais commencer à oublier des choses. Au début juste quelques-unes, mais ensuite beaucoup plus. Alors je t’écris, cher futur moi, pour que tu te souviennes ! Sam a toujours eu un plan : sortir première du lycée et filer vivre à New York. Rien ne l’en empêchera – pas même une anomalie génétique rare qui, lentement, va commencer à lui voler ses souvenirs, puis sa santé. Désormais, ce qu’il lui faut, c’est un nouveau plan. C’est ainsi que naît son journal : ce sont les notes qu’elle s’envoie à elle-même dans le futur, la trace des heures, petites et grandes, qu’elle vit. C’est là qu’elle consignera chaque détail proche de la perfection de son premier rendez-vous avec son amour de toujours, Stuart. Le but ? Contre toute attente, contre vents et marées : ne rien oublier.

 

Mon avis :

The Memory Book est le journal des souvenirs de Sammie, une lycéenne de 17 ans, brillante, sage et raisonnable qui vient d’apprendre qu’elle est atteinte d’une dégénérescence cérébrale génétique capable de lui faire perdre la mémoire à tout moment.
Persuadée qu’elle peut gérer sa maladie et déjouer le sort dramatique qui lui pend au nez, la jeune fille jette pêle-mêle les événements de sa vie sur le disque dur de son ordinateur portable afin que son futur elle se souvienne précisément de qui elle était vraiment…
Le début du roman est marqué par une rigueur et un sérieux sans faille puisque Sam consigne tous ses faits et gestes ainsi que la moindre de ses impressions. Elle tente de dresser un auto-portrait fidèle, mais le lecteur sent déjà, dans ses propos, qu’elle écrit surtout pour se prouver qu’elle ne sombrera pas, qu’elle sera plus forte que la maladie et qu’elle s’en sortira. Sa rencontre avec Stuart, le garçon de ses rêves, au moment même où les symptômes de son mal se déclarent, fait basculer le récit quotidien dans la romance et ajoute une dimension émotionnelle au discours qui se limitait jusqu’alors à l’auto-dérision. Le mensonge par omission, l’intériorisation, la remise en question vont alors prendre le pas sur la logique pour faire rebondir l’histoire vers cette fin aussi touchante qu’inévitable…

Grâce au style qu’elle déploie, Lara Avery nous immerge dans la tête et le présent de Samantha, nous faisant vivre chaque épisode, qu’ils soient décisifs ou anodins, marquants ou insignifiants, comme si nous étions véritablement dans la peau de l’héroïne. Ainsi, chacun d’entre nous peut s’identifier à ce personnage incroyable qu’est Sammie, côtoyer la pléiade de seconds rôles qui l’épaule ou la confronte à ses erreurs et vivre cette aventure dramatique qui s’intensifie à chaque page tournée.

Si le début ne m’a pas totalement séduite, le contexte ainsi que la personnalité de Sammie m’ont peu à peu charmée jusqu’à cette conclusion terrible qui, il faut bien l’avouer, m’a arrachée quelques larmes.
Certes, le scénario est un peu couru d’avance mais les émotions sont bien placées et le ton qui oscille entre humour et tension dramatique fait vite disparaître les impressions de déjà-vu.
Avec The Memory Book, j’ai passé un moment d’intimité avec l’un des personnages de fiction les plus solides que j’ai jamais rencontré.
A lire pour l’émotion et la sincérité du discours qui dépeint sans détour la vie et les sentiments d’une personne qui s’efface peu à peu…

A Kiss in the Dark de Cat Clarke

Alex et Kate se sont connus grâce au site internet de leur groupe de musique favori. Très vite, ils ont sympathisé et échangé leurs numéros de téléphone. Après de longues conversations téléphoniques et moult échanges de SMS, ils ont enfin décidé de franchir le cap : se rencontrer pour la toute première fois, lors d’un concert au cours duquel ils sont évidemment tombés amoureux. Cachant leur idylle aux yeux du monde, ils se retrouvent en secret… Ce serait vraiment romantique si l’un d’entre eux n’était pas un menteur…

A Kiss in the Dark est un roman qui se déroule en deux actes.
Le premier est raconté par Alex, une jeune fille de quinze ans, pas très bien dans sa peau, qui se cherche. Elle nous raconte sa rencontre avec Kate ainsi que les semaines de pur bonheur que les filles vont partager avant que le terrible secret d’Alex n’éclate. Car Alex est une fille ! Une fille qui ment, qui se travestit et qui se cache aux yeux de tous afin de préserver cet amour unique qu’elle a réussi à construire malgré son peu de confiance en elle. Page après page, elle nous montre son ingéniosité, sa culpabilité aussi… Puis, la situation se complique et Alex, convaincue par son frère, décide de rompre avec Kate au lieu de lui avouer la vérité.
La seconde partie du roman est conduite par Kate, cette jeune fille larguée par un petit-ami parfait. Éplorée, Kate veut comprendre et finit par se présenter de manière impromptue au domicile d’Alex où le pot aux roses éclate… Se sentant trahie et bafouée dans son honneur, Kate veut se venger. Alors quand l’occasion se présente, la jeune fille laisse courir de sombres rumeurs. Alex l’aurait agressée… Et la situation dégénère. Alex est arrêtée.  Kate s’enfoncent dans ses mensonges et chose incroyable, Alex la soutient…

Dès le début de l’histoire, Cat Clarke joue sur l’ambiguïté, laissant Alex s’exprimer comme s’il était vraiment un garçon. Puis, à mesure que la situation devient trop pénible à gérer, la vérité stylistique éclate. Alex n’est qu’une usurpatrice qui nous livre pas à pas ses choix, sa différence, ses ressentis ainsi que son désarroi, allant jusqu’à assumer un crime qu’elle n’a pas commis dans le seul but de se faire pardonner sa faute. Tout au long de ce passage, le lecteur n’a qu’une seule question en tête : comment Kate fait-elle pour passer à côté de la vérité ? Car sans être totalement honnête, Alex n’est pas non plus une as du camouflage.
Si les chapitres concernant Alex sont un peu longuets, se perdant dans les détails du quotidien, la partie exprimée par Kate est, quant à elle, complètement addictive à cause du second mensonge, presque pire que le premier, et, surtout, de ses conséquences désastreuses… A chaque page, Kate nous renvoie sa stupidité et sa honte. Honte de ne pas avoir vu, honte de ne pas avoir compris… Elle nous confie son immense chagrin qui commute finalement en vengeance personnelle. Le lecteur est alors saisi d’effroi en constatant que la jeune fille est résolue à aller au bout de sa démarche, qu’Alex va bel et bien être punie pour un crime, mais pas pour celui qu’elle a commis.
Dans ce livre, les deux actes se répondent par leur similitude. On y retrouve dans le même ordre : la souffrance, le mensonge, la culpabilité, l’entêtement et enfin l’abandon. C’est comme si les deux héroïnes se répondaient en écho, l’une faisant revivre à l’autre ce qu’elle a ressenti.

La force de ce roman réside essentiellement dans le choix des personnages qui sont touchants de naïveté et de candeur, qui sont aussi tellement humains. Ils dénoncent sans détour certains travers de l’homme comme l’égoïsme, la malhonnêteté, le manque de courage… mais défendent également certaines valeurs : l’amour véritable, le sacrifice de soi, le pardon, l’acceptation des différences…
Alors même si je me suis un peu ennuyée en accompagnant Alex dans sa trahison, ce livre m’a quand même touchée par les émotions qu’il dégage.
A Kiss in the Dark est une romance réussie, pleine de surprises et de sentiments qui donne matière à réfléchir sur nos prises de décision ainsi que sur les comportements que nous adoptons, en particulier face à la différence des autres…

La première Fois que j’ai été Deux de Archibald Ploom

Nous sommes au début des années 2000, Karen Traban est en Terminale et vit seule avec une mère dépressive. Elle est brillante, musicienne et adore danser mais l’amour n’est jamais au rendez-vous, les garçons de son âge lui semblent sans intérêt. Quand un jeune anglais, Tom, arrive au milieu de l’année scolaire dans sa classe, Karen le prend immédiatement en grippe… Elle ne sait pas encore que ce jeune homme si différent des autres va changer sa vie.

 

Tout d’abord, je tiens à remercier Archibald Ploom qui a eu la confiance et le courage de me confier son roman, ce qui n’est pas forcément chose aisée quand on est jeune auteur.

En ouvrant mon courrier, j’ai été surprise de découvrir une couverture un peu girly mais sobre, qui invite au voyage, tandis que, de son côté, le synopsis évoque plutôt une romance duelle. Et bien La première Fois que j’ai été Deux est un savant mélange de tout cela…

Dans ce roman, le lecteur suit les pas de Karen, jeune fille de dix-sept ans, élevée par une mère dépressive qui a pourtant su lui communiquer sa passion pour la littérature, la philosophie ainsi que la musique des années 60 – 70. A l’abri des remparts qu’elle a érigés avec la somme de ses différences, Karen observe le monde qui l’entoure, celui du début des années 2000, avec maturité et discernement. Elle repousse les garçons tout comme l’amour, évite les fêtes et les débordements en tout genre… soucieuse de ne pas reproduire les erreurs de ses proches. Celles de sa mère, bien sûr, qui s’est retrouvée mère-célibataire du jour au lendemain et qui, depuis, traverse l’existence enveloppée d’un brouillard médicamenteux. Celles de sa meilleure amie ensuite qui collectionne les conquêtes comme pour cultiver ses désillusions…

L’univers de Karen, rassurant de routine, bascule le jour où Tom débarque de son Angleterre natale. Il est si loin de tous les garçons qu’elle a rencontré jusqu’alors… La suite n’est que logique : les deux adolescents reconnaissent en l’autre ce qu’ils cherchent depuis toujours. Leur histoire démarre lentement, dans la subtilité et le romantisme, puis s’accélère quand le jeune homme doit quitter la banlieue parisienne pour regagner sa vie londonienne. Karen l’accompagne, un peu malgré elle, à l’occasion des vacances scolaires sans savoir qu’elle s’apprête à vivre une aventure aussi éphémère qu’incroyable…

Ce récit linéaire, racontée à la première personne du singulier, plonge le lecteur dans la vie et les pensées d’une jeune fille sage mais idéaliste, qui dessine son existence comme un roman d’amour d’une autre époque pour vivre pleinement, sans compromis… la première fois qu’elle a été deux.

Si la structure du scénario souffre parfois de longueurs et manque ça et là d’intensité, elle rebondit cependant avec grâce sur bon nombre de sujets. Histoire, musique, vie amoureuse, société consumériste, politique, religion, philosophie… Karen passe au crible tout ce qu’elle observe et nous livre son analyse très mature de la situation.

Question style, il ne faut surtout pas s’arrêter aux tournures familières des toutes premières pages car l’auteur développe par la suite une plume subtile, très agréable, qui regorgent d’images et de références souvent émouvantes, parfois amusantes mais toujours justes et pertinentes. Les dialogues ont, quant à eux, été ma petite bête noire. Peu naturels et empruntés, j’ai trouvé qu’ils tombaient parfois dans le théâtral. Voire le caricatural.

Malgré ces quelques petites maladresses, j’ai apprécié ce voyage initiatique aux côtés de Karen. J’ai aimé prendre le temps de la découverte amoureuse, analyser le monde à travers les yeux d’une héroïne en décalage avec son époque, réfléchir à l’avenir avec une lucidité et un sang-froid enviable. Mais ce que j’ai surtout adoré, c’est suivre les mots jetés avec une grande élégance sur le papier…

La première Fois que j’ai été deux est une romance un peu vintage qui se déguste sur fond de rock’n roll à la lueur tamisée des bougies.

La Maison des Morts de Sarah Pinborough

Ils sont une poignée d’enfants et d’adolescents à vivre dans ce manoir désuet. Ils y ont été emmenés de force car ils sont Déficients, atteints par un virus incurable.
Personne ne connaît les conséquences de cette maladie hormis le fait que lorsque les premiers symptômes apparaissent, les patients sont emmenés, la nuit, au troisième étage du manoir, au Sanatorium… d’où personne ne revient jamais.
Toby est le chef du dortoir n°4. Depuis son incarcération, il vit comme une ombre, ne s’autorisant aucune amitié, aucun plaisir, aucun rêve. A quoi bon ? Il va bientôt mourir…
L’arrivée de Clara, une nouvelle patiente, va cependant tout bouleverser…

Sarah Pinborough nous revient avec cette romance young adult qui flirte avec le drame en mettant en scène un adolescent, Toby, qui a renoncé à vivre sous prétexte qu’il va bientôt mourir.
Préférant la solitude de la nuit, le garçon rythme ses journées pour s’isoler de ses pairs. Il ne veut plus souffrir. Il a déjà donné en renonçant à sa vie d’avant… Quand Clara fait irruption dans son univers calfeutré, Toby se rebelle avant de se laisser amadouer par la belle qui déborde de joie mais aussi de vie. Ensemble, ils expérimentent l’Amour avant de nourrir des projets d’évasion…

Les personnages sont touchants par le contraste qu’ils nous proposent. Toby incarne le solitaire qui a renoncé tandis que Clara endosse le rôle de la porteuse d’espoirs. Leur duo fait des étincelles, bouleverse le quotidien de la maison, éclabousse les seconds rôles qui profitent de ce changement pour commencer eux aussi une nouvelle vie.

La structure du récit est nette. Elle correspond à celle de la romance qui chemine entre le doute et l’euphorie depuis la rencontre jusqu’au dénouement final.
Le thème des premiers amours est ici traité avec sincérité et générosité.

Personnellement, même si j’ai apprécié ce roman, j’aurais aimé qu’il nous éclaire davantage sur la maladie et ses conséquences ainsi que sur le rôle du Sanatorium dans la vie et la mort des patients.
Dès le début du livre, cette pièce secrète fait l’objet de tous les questionnements alors on ne peut s’empêcher de se demander ce qui s’y passe, voire d’échafauder des hypothèses quant à la suite du récit… Cependant, à mesure que les pages se tournent, le lecteur comprend que cette question n’est plus centrale, comme si l’auteure avait changé de scénario en cours de route pour ne plus se concentrer que sur la romance et la dimension humaine de la mise à l’épreuve qu’elle a souhaité privilégier.

La Maison des Morts est un livre convaincant du point de vue de la romance et touchant dans les relations qu’il construit mais il manque pour moi d’intensité.
Le thème de la maladie et du Sanatorium étaient vraiment porteurs, ils auraient amené le frisson que j’attendais, la surprise qui m’aurait conduite vers le coup de coeur…
Je ne suis pourtant pas déçue car, au final, La Maison des Morts est une belle histoire d’amour que je recommande à toutes les âmes sensibles, à la recherche d’éternité.

Tout pour plaire de Ingrid Desjours

Déborah et David coulent des jours heureux. Lui est une sorte de gourou, coach en développement personnel, qui court les meetings. Une chose est certaine, David ne laisse personne indifférent. Adulé par certains, il est aussi accusé par d’autres d’être un pervers narcissique maltraitant sa femme. Déborah, elle, est une femme d’une très grande beauté, douce et réservée, qui a tout abandonné pour se consacrer à son mari. Ensemble, ils vivent un bonheur parfait jusqu’au jour où Nicolas, le frère de David, ce prétentieux à la vie dissolue, débarque avec sa fille en clamant que sa femme a disparu… Le bel édifice que Déborah et David avaient réussi à construire va alors voler en éclats ainsi que leurs vies… sous les yeux impuissants de l’inspecteur Sacha Mendel qui n’aura pourtant de cesse de traquer LA vérité.

J’avais découvert Ingrid Desjours avec Kaleb, cette trilogie fantastique envoûtante et originale qui m’avait convaincue par la force de ses personnages ainsi que par la structure de son scénario, impeccable.
Avec Tout pour Plaire, l’auteure nous embarque dans une histoire étrange, à la limite du récit de vie. On y côtoie des personnages bien campés, à la psychologie marquée, qui vont tour à tour jouer le rôle de victime, bourreau et sauveur.
Immergé dans un récit en six actes, le lecteur est très vite noyé par les informations diverses qu’il reçoit et par la singularité de la narration, externe et omnisciente mais infiniment cachottière, qui passe certains éléments volontairement sous silence afin de préserver le mystère mais qui ne parvient qu’à nous embrouiller. Pourtant, les faits sont présentés de façon linéaire, en respectant l’avancée de l’enquête mais cela ne fonctionne pas, en tout cas pour moi.
Car si j’ai aimé suivre Sacha Mendel dans la résolution de son investigation, je n’ai pas apprécié en revanche partager le quotidien de la famille Pennac, peuplé de manipulations et de luttes de pouvoir. J’ai trouvé ces parties du récit fades et surtout peu fiables dans la mesure où le narrateur nous ballade en fonction du suspens qu’il souhaite ménager.
Je n’ai pas non plus adhéré au style de l’auteure qui tombe parfois dans le vulgaire et l’obscène dans le seul but de nous choquer ou peut-être de contraster avec la fragilité de la victime.
Je n’ai pas aimé enfin la structure du récit, basée plus sur le drame que sur le thriller.
J’aime être manipulée par un auteur qui joue avec mes nerfs et fait monter la pression. Avec Tout pour Plaire, ce plaisir n’a duré qu’une soixantaine de pages, perdues au milieu du roman…
Dommage, il y avait là pourtant matière à écrire un très bon polar.

Timide de Sarah Morant

Depuis la mort de sa mère et de son frère jumeau dans un tragique accident de voiture, Éléonore ne supporte plus le jugement des autres, leurs regards… La jeune fille s’est enfermée dans une bulle protectrice de timidité qui la met à l’abri, tout en l’isolant du monde.
Lorsque Jason avec son sourire arrogant et ses airs de mauvais garçon arrive au lycée, il se lance un nouveau défi : séduire Éléonore. Mais l’adolescente ne réagit pas comme il s’y attendait. Un jeu de séduction s’installe alors entre eux, très vite perturbé par le retour de Tyler, l’ex-meilleur ami d’Éléonore, lui aussi amoureux de la jeune fille…

Pourquoi avoir ouvert les pages de Timide ? Parce que la couverture me plaisait, qu’elle avait ce côté pétillant qui m’attire. Alors j’ai retourné le livre, lu le synopsis et ai décidé de l’adopter pour le commencer quelques jours à peine après l’avoir découvert.
Si les premiers chapitres correspondent à l’image que je m’en étais faite, la suite m’a cependant laissée très dubitative. En effet, le récit commence avec la rencontre de Jason et Éléonore et le jeu de séduction que met en place très rapidement le jeune homme. Dans chaque chapitre, chacun raconte sa version de l’histoire. Éléonore avec son « je » touchant, Jason avec son « il » un peu dérangeant et impersonnel. Mais l’histoire se tient, captive même avec ces personnages en apparence aux antipodes qui finalement se ressemblent plus qu’ils ne le pensent, chacun agissant pour se protéger du reste du monde en utilisant des moyens différents. Et puis il y a l’apparition de Tyler, l’ex-meilleur ami d’Éléonore, ce surdoué amoureux en secret, et le scénario dérape. Avec lui, on remonte le temps, par l’intermédiaire de flashes-back qui se mêlent peu habilement aux voix des personnages. Grâce à eux, certes, le lecteur en apprend davantage sur les héros ainsi que sur les raisons de leur comportement dans le présent mais leur intégration, pêle-mêle, pollue considérablement le récit principal. De même, l’intervention de ce troisième personnage, Tyler, qui parle lui aussi avec sa propre voix à la troisième personne du singulier et crée le triangle amoureux dans lequel se réfugie Éléonore manque totalement, à mes yeux, d’à propos.

Personnellement, j’aurai aimé que le scénario soit expurgé de toutes ces complications qui n’apportent pas grand chose à la trame de l’histoire. J’aurai également apprécié que les garçons, en particulier Jason, s’expriment à la première personne pour rendre le récit plus fort et palpitant. Enfin, j’aurai vraiment adoré que le livre s’oriente vers un duel de héros. Le roman aurait pris une dimension plus profonde et Éléonore, tout comme Jason, auraient pu nous raconter leur passé en faisant de brèves incursions dans leurs souvenirs respectifs lors de moments opportuns.
Du côté du style, j’ai été séduite, dans un premier temps, par la voix d’Éléonore. Je trouvais que le livre était bien écrit, bien argumenté, puis les tournures de phrase ainsi que les dialogues se sont peu à peu relâchés pour devenir beaucoup moins léchés, comme si l’auteure fatiguait et mon attention a commencé à s’éroder. L’autre bémol réside aussi dans l’emploi du « il » lorsque les garçons prennent la parole. Comme je l’ai déjà exprimé précédemment, cette formulation plus impersonnelle pénalise le roman.

Timide est donc une romance young adult qui avait un potentiel énorme mais qui, au final, pêche par l’organisation de sa structure et de ses choix narratifs. Dommage, car les personnages ainsi que l’intrigue initiale étaient plus que séduisantes.

Mille baisers pour un garçon de Tillie Cole

Au décès de sa grand-mère, Poppy hérite d’un bocal empli de mille cœurs roses. Au dos de chacun, elle doit consigner les baisers qui lui ont fait chavirer le cœur. Malgré ses huit ans, Poppy sait déjà avec qui elle a envie de partager cette aventure. Rune habite la maison d’en face et ils sont les meilleurs amis pour la vie depuis trois ans.
Pendant sept ans, le jeune couple va se prêter au jeu avec romantisme et passion, jusqu’au jour où Rune est contraint de retourner dans sa Norvège natale. Le cœur déchiré, nos deux amoureux vont se jurer fidélité ; aucun d’entre eux n’embrassera personne jusqu’au moment de leurs retrouvailles. Pourtant, au bout de deux mois de séparation, Poppy ne répond plus aux appels du garçon…
Lorsque le jeune homme revient, deux ans plus tard, Poppy est toujours là alors que s’est-il passé ?
Blessé et en colère, Rune va cependant chercher des explications. Ce qu’il va découvrir le brisera à jamais…

Avec une couverture et un titre pareils, le lecteur était certain d’ouvrir les pages d’une romance incroyable. Tillie Cole ne nous a pas menti ; ce livre est une tornade d’émotions qui vous tord le ventre dès la treizième page pour ne jamais s’arrêter.
Dans cette histoire, racontée à deux voix, on suit Poppy et Rune depuis leur rencontre, à cinq ans, jusqu’à leur mort.
Alors que Poppy est une jeune fille idéaliste et optimiste, généreuse et altruiste, qui cueille la vie tous les jours, Rune quant à lui incarne le rebelle en colère qui ne trouve de l’apaisement qu’aux côtés de son amoureuse. Lorsqu’ils se séparent, Rune retombe dans ses travers si bien qu’à son retour, Poppy ne le reconnaît plus. Il faudra beaucoup de temps et d’amour pour que le couple reforme cette belle unité qui les caractérisait autrefois. Un amour qui se manifestera au travers des attentions de l’un et de l’autre pour que chacun puisse vivre ses rêves malgré la terrible épreuve qui les attend. Car Poppy est malade, d’un cancer incurable. Et tandis qu’elle lutte quotidiennement contre la mort, c’est bien elle qui sauvera l’âme ainsi que la vie de Rune…
Mille Baisers pour un Garçon est un drame dont on connaît l’issue assez rapidement mais qui reste captivant par les petits gestes qu’accomplissent les héros l’un pour l’autre. Au fil des pages, le lecteur suit cet amour inconditionnel, intemporel et exclusif, le cœur battant. Ce livre est bouleversant car il pose de vraies questions comme : jusqu’où peut-on aller par amour, peut-on aimer sincèrement quelqu’un jusqu’à sa mort ou encore faut-il que notre amour soit en péril pour qu’on le vive totalement dans le plus pur dévouement ?
Autour d’un simple bocal, témoin muet mais principal de cette romance, l’auteure dessine une épopée romantique dont l’objectif est de conquérir l’éternité. Son style est simple, accessible et touchant bien que parfois répétitif mais c’est un effet destiné à accentuer l’attachement et la loyauté de nos héros.
Mille Baisers pour un Garçon est une histoire que je vous recommande de lire au plus vite si vous voulez vous aussi vivre une aventure sentimentale sans précédent.

Maudite soit la Guerre de PEF

En 1917, Fulbert a onze ans lorsque son maître d’école lui demande de rédiger une lettre pour donner du courage à l’un des soldats du front. Le jeune garçon décide d’écrire à son père, parti se battre depuis si longtemps…
Après correction de sa production, Fulbert a une idée encore plus folle. Et s’il partait vers Soisson déposer sa lettre en main propre à son père ? Sans réfléchir plus que ça, le jeune garçon met son plan à exécution…

Un album jeunesse fort qui s’inspire de la statue d’un enfant figurant à côté du monument aux morts, le poing levé.
Un récit empli de courage, d’amour et de compassion où même l’ennemi ne peut que s’incliner…
Une leçon d’humanité à partager sans modération !

Tous nos jours parfaits de Jennifer Niven

Au sommet du clocher de son lycée, Finch réfléchit à ce qu’il se passerait s’il sautait, là, dans le vide, lorsqu’il s’aperçoit qu’il n’est pas seul. A quelques mètres de lui, assise sur le muret, les pieds dans le néant, Violet Markey semble perdue, désespérée. Finch, le fêlé, n’a plus alors qu’une seule idée : sauver cette jeune fille… Une rencontre qui marquera le début d’une incroyable relation.

Tous nos Jours parfaits…
C’est l’histoire d’un drame racontée à deux voix, celle d’un jeune homme bipolaire obnubilé par la mort, SA mort, et d’une jeune fille qui avait tout jusqu’à ce qu’elle perde sa sœur aînée dans un accident de voiture. Deux âmes perdues qui se rencontrent au moment le plus critique. Deux adolescents étranges et isolés qui vont utiliser ce lien nouveau qui les unit pour bâtir une amitié surprenante à l’occasion d’un devoir de géographie. Et tandis que l’un cherche encore sa propre identité, l’autre va retrouver le goût de vivre et de faire… à travers les défis.
Au fil des pages l’amitié devient amour, la prudence se mue en confiance et en complicité.
Si Violet nous touche par la profondeur de sa tristesse, Finch, quant à lui, s’offre une place de choix dans nos cœurs en manipulant l’humour et la philosophie pour cacher sa fragilité extrême. Il est le meneur qui conduit le récit, l’ami qu’on aimerait tous avoir, le partenaire qui nous comprend mieux que nous même… Sans que l’autre ne le connaisse complètement…
Tous nos Jours parfaits est un roman sincère qui évoque un thème difficile, celui du suicide, avec une intensité bouleversante.

Personnellement, j’ai fondu pour le personnage de Finch. Ce rebelle, toujours drôle, incroyablement intelligent, lucide jusqu’à l’acidité et cultivant le mystère en toute circonstance. J’ai aimé sa recherche identitaire, son côté schizophrène, sa quête de l’absolu.
J’ai trouvé que l’auteure avait traité son sujet avec subtilité et sagesse, nous montrant la détresse sans l’apitoiement, l’aveuglement égoïste des Autres (famille, amis, professeurs…) jusqu’à son paroxysme.
Tous nos Jours parfaits porte à la fois l’espoir et l’anéantissement, il jette un œil sans jugement sur le désir farouche de mourir et sur la compréhension de cet état.
A lire et à relire pour appréhender, au delà des apparences, la réelle détresse des survivants ainsi que celle des victimes de dépression.