Génération K, Tome 2 de Marine Carteron

Alors qu’ils se sont réfugiés au pied d’un Vésuve prêt à déverser sa colère, Kassandre et Georges se font enlever par les hommes de main de Karl Bathory de Kapolna, père de Ka et Directeur Général des laboratoires pharmaceutiques Biomedicare.
Emmenés au centre de recherches, les deux Génophores, porteurs de six gènes K qui les font appartenir à une nouvelle espèce d’hommes dotés de super pouvoirs, sont préparés afin de subir les expérimentations qui permettront à certains humains, les plus fortunés, d’élever leur génome à un rang supérieur et, surtout, de survivre à la pandémie qui menace d’exterminer la race humaine.
De son côté, Mina fait la connaissance du Maître ainsi que d’Enki, le quatrième Génophore. Ensemble, ils offrent leur sang à leur Créateur pour qu’il se régénère jusqu’à revenir à la vie…
Ce processus révèle à Mina son histoire, vieille de plusieurs millénaires et la jeune fille comprend que si le Maître se réveille aujourd’hui, c’est pour punir les hommes, comme il l’a déjà fait par le passé, de l’affront qu’ils font à la Terre.
Une catastrophe est sur le point d’avoir lieu… L’espèce humaine y survivra-t-elle ?
Les quatre Génophores ont le destin de l’humanité entre leurs mains… Quel choix feront-ils ?

L’histoire de ce second tome commence dès la couverture avec cette denture qui émerge des ténèbres, attirée par les filets de sang. Elle symbolise le réveil du monstre incarné par le Maître et l’offrande que les Génophores devront faire pour ranimer leur Créateur. Elle symbolise aussi le travail de recherches du père de Kassandre qui est prêt à sacrifier les porteurs de gènes K afin de s’enrichir et d’offrir aux plus fortunés la possibilité de surpasser leur condition d’être humain en devenant des Homo superior…
Une chose est sûre, ce deuxième opus commence sur les chapeaux de roue et entraîne le lecteur dans un récit légendaire où le présent trouve ses origines dans un passé lointain, presque ancestral.
Grâce à Enki et Mina, d’abord, la trame des enjeux est révélée. Le Maître est une sorte de Dieu vengeur chargé de punir l’humanité chaque fois qu’elle prend une mauvaise direction dans son développement. Avec Georges et Kassandre, c’est l’autre volet qui est exploré, celui de la supériorité de l’homme face à la nature, de la science qui surpasse la croyance. Et, au fur et mesure du roman, ces deux visions du monde s’affrontent dans les faits mais aussi dans l’esprit des Généphores qui doivent choisir leur camp ou trouver une nouvelle voie…

Ce tome est aussi le récit de l’acceptation.
Georges accepte son dragon, Kassandre, l’amour de sa mère, Mina, sa part d’ombre et Enki de s’écarter du chemin tracé.
Les quatre Généphores remontent le fil de leur passé, découvrent les liens qui les unissent ainsi que ceux qu’ils ont tissés avec le Maître au cours de leurs rencontres précédentes.
Ils réalisent l’importance de leur rôle dans ce présent chaotique tout en ne pouvant s’affranchir du passé…

D’un point de vue structurel, le récit revient sur des points laissés en suspens lors du précédent tome. L’histoire du quatrième Génophore, celle du peuple tzigane chargé de veiller sur le Maître ainsi que celle de Völva, Celle qui écoute, personnage secondaire mais déterminant dans la résolution de cette affaire.

Le style est séduisant par son efficacité mais aussi par la force des émotions qu’il transmet. Chaque voix a sa propre caractéristique et c’est ce qui cimente toutes les pièces de ce puzzle.
Même si les actions ne sont finalement pas si nombreuses, le rythme est là et il nous tient jusqu’à cette conclusion formidable qui nous invite toujours à vouloir connaître la suite.

Au final, Génération K Tome 2 est un roman fantastique young adult original qui se lit bien et vite. Il pose des questions de fond tant du point de vue étique que philosophique (eugénisme, place de l’homme dans l’univers, confrontation entre science et croyance…) sans pour autant perdre de son dynamisme. L’œuvre est sombre mais réaliste, cohérente ; elle résonne avec la réalité de notre XXIe siècle tout en s’appuyant sur les mythes qui appartiennent à une culture commune. L’approche jeunesse respecte les codes attendus sans tomber dans la caricature. Les personnages sont extrêmement bien choisis et bâtis.

A lire de toute urgence !

The Young Elites, Tome 2 : La Société de la Rose de Marie Lu

Après la mort d’Enzo, Teren , contre l’assentiment de sa Reine, décide de persécuter tous les Malfettos du royaume de Kenettra. De son côté, Raffael emmène les Dagues se réfugier dans le royaume de Baldain, près de la Reine Maeve, leur alliée. Ensemble, ils projettent de ressusciter Enzo et d’attaquer le royaume de Kenettra pour renverser Guillietta sans savoir qu’Adelina, dans le Royaume de la Nuit, envisage elle aussi de recruter une armée pour se venger de la reine et prendre sa place… Dans ce climat de vengeance et de lutte de pouvoirs, les amis d’hier deviennent les ennemis d’aujourd’hui et tous les coups sont permis.

Dès le début de ce tome, l’auteure nous plonge dans l’action et la stratégie.
Si Adelina choisit d’essayer de conquérir le soutien d’Elites légendaires pour constituer son armée, Raffael, lui, s’appuie sur ses anciens alliés. Et tandis que la jeune fille se lance dans une quête où elle devra faire étalage de ses dons pour parvenir à ses fins, le consort accepte de vendre son âme à la Reine Maeve afin de rétablir ses rêves : placer Enzo sur le trône de Kenettra, tout en sachant que ce dernier, revenu du royaume des morts, ne sera plus qu’un pantin aux pouvoirs immenses. Dans un troisième temps, à Kenettra, Teren, bafoué par sa Reine à laquelle il n’obéit plus, ronge ses sombres pensées. Et la vengeance devient le leitmotiv de tous nos personnages pendant que la jalousie alimente les rancœurs…

Dans ce tome, on retrouve Adelina telle que nous l’avions laissée : isolée, marginalisée, assaillie par un pouvoir grandissant qu’elle peine à contrôler et qui la conduit peu à peu vers la folie.
Raffael, quant à lui, sort de son rôle de recruteur pour devenir ce « mendiant » prêt à tout pour rétablir son rêve, désormais inaccessible, de voir Enzo monter sur le trône. Dans son combat, il n’hésite pas à sacrifier son Roi, son Amour, pour contrer les projets de Teren et d’Adelina. Au cours de sa quête, il confie au lecteur son enfance, son parcours ainsi que ses faiblesses. Nous comprenons mieux ses choix , emprunts de jalousie et nous le découvrons sous un jour plus manipulateur, presque intriguant.
Teren perd ici de sa superbe. Destitué par sa Reine de ses fonctions de Grand Inquisiteur, il s’enferme dans son « racisme » à l’égard des Malfettos avant de virer de bord pour soutenir la cause d’Adelina par pure vengeance à l’encontre de la Reine.
Hormis ces trois grands héros, La Société de la Rose nous permet de mieux faire connaissance avec d’autres personnages, comme Lucent, Maeve ou Violetta.
Nous rencontrons également Magiano, cet imitateur un peu voleur qui tente d’épauler Adelina, et de Sergio, le faiseur de pluie rejeté par les Dagues.

Avec La Société de la Rose, Marie Lu choisit d’appuyer son roman sur la vengeance et la jalousie en utilisant les faiblesses de ces trois grands héros pour faire basculer l’histoire dans une ambiance sombre et machiavélique où la morale recule à chaque instant.
Le défaut majeur de ce livre est qu’il ne se passe pas grand chose dans ce volet pourtant conséquent… Et les seules actions conduites sont trop prévisibles…
Alors pourquoi ai-je tout de même adhéré à ce récit ? Pour son style simple mais indéniablement bien travaillé. Pour la profondeur psychologique des personnages aussi. Est-ce cependant suffisant pour continuer l’aventure ?
Seul le troisième et dernier tome me permettra de répondre à cette question. Une chose est sûre, j’attends de lui qu’il me transporte dans une bataille finale extraordinaire pour propulser cette œuvre vers le suspense qui lui manque.

Six of Crows, Tome 1 de Leigh Bardugo

Embauché par le Conseil des Marchands de Ketterdam pour faire évader un scientifique qui a mis au point une drogue amplifiant les pouvoirs des Grishas, Kaz, le chef de gang redouté et sans scrupule, réunit autour de lui une équipe de cinq personnes aux talents particuliers mais aux objectifs très différents…
Si Jasper, le tireur d’élite, le fait pour rembourser ses dettes de jeu, Inej – dit le spectre ou le fantôme car elle se déplace en toute discrétion – utilisera l’argent de la récompense pour recouvrer sa liberté. Wylan, le spécialiste des explosifs, espère, lui, trouver dans ce groupe une nouvelle famille. Quant à Nina, la Grisha qui d’un mouvement de main intervient sur les fonctions vitales des gens, et Matthias, le chasseur de Grishas, ils veulent tous deux effacer leurs erreurs passées…
Ensemble, il devront trouver un terrain d’entente pour mener à bien leur mission, afin d’accompli ce pour quoi ils se sont engagés au péril de leurs vies.

Avec ce premier tome, la duologie fantasy Six of Crows démarre en douceur, presque trop lentement, en dressant le portrait de nos six protagonistes avant de les jeter dans l’action, redirigeant le roman vers l’accomplissement d’un exploit dans la veine d’un Ocean Eleven en plein milieu d’un monde magique.
Si l’intrigue n’est pas très originale, la profondeur des personnages ne manque pas d’interpeller le lecteur qui se laisse séduire par cette narration à cinq voix qui conjugue le passé, le présent ainsi que les espoirs de nos héros pour former une œuvre riche en émotions et en subtilité.

Le style de l’auteur est affirmé. Il dépeint un univers étrange, presque déroutant, auquel il faut se familiariser peu à peu. Il retrace aussi le parcours de jeunes gens que la vie n’a pas épargnés.

Souvent déçus par une société dépravée ou dictatoriale, obéissant la plupart du temps à un système de castes tacite, nos six personnages vont devoir aller au delà de leurs préjugés, de leurs peurs, de leurs certitudes aussi, afin d’accepter leur identité et tout ce que cela comporte.

Si les premiers chapitres ne m’ont pas spécialement accrochée par leur flou et leur éloignement du sujet principal, j’ai ensuite été happée par cette quête impossible puis par cette romance improbable entre Matthias et Nina, le prédateur et la proie dangereuse, qui entretiennent une haine passionnelle sans précédant. J’ai également apprécié connaître chacun des protagonistes, ses écorchés vifs qui sont prêts à tout perdre pour raviver l’espoir. Enfin, j’ai adoré le traitement, un peu scientifique, des questions magiques. J’ai trouvé cette approche différente de ce que l’on peut lire habituellement dans ce genre d’ouvrage.
La fin du roman m’a beaucoup surprise et promet un rebondissement à venir intéressant.
A suivre…

 

Young Elites, Tome 1 : Young Elites de Marie Lu

1361. Dans le royaume de Kenettra, Adelina est devenue une malfetto depuis qu’elle a contracté un virus qui lui a laissé pour souvenir une chevelure grise et une balafre à la place de l’œil gauche. Maltraitée par son père qui veut s’en débarrasser en la vendant à un inconnu dont elle deviendra la maîtresse, la jeune fille ne voit plus qu’une seule option pour échapper à sa vie : fuir, loin et vite… Armée de son seul courage, Adelina s’exécute mais son père la rattrape en plein coeur de la nuit. Il veut la ramener dans leur demeure quelle qu’en soit la manière. Acculée, l’adolescente tente de se défendre quand une force inexplicable lui vient en aide, terrassant son père. Arrêtée par les soldats de l’Inquisition, Adelina n’a plus aucune illusion quant à son avenir. Elle va mourir sur le bûcher… Ce qu’elle ignore, cependant, c’est qu’elle vient d’être repérée par une organisation secrète et rebelle : Les Dagues et qu’ils sont venus pour la sauver. En retour, ils veulent qu’Adelina use de son pouvoir pour leur cause, renverser le régime monarchique qui réprime les malfetto et en particulier les Elites, ces êtres aux étranges pouvoirs…

Avec ce premier tome de cette dystopie young adult fantastique, Marie Lu pose les bases de son décor et de son histoire avec force et caractère. Le lecteur y découvre une héroïne, Adelina, habituée à être exclue, prisonnière, rejetée pour sa différence et qui, du jour au lendemain, va être propulsée dans une sorte de confrérie rebelle dont les membres sont tous dotés de pouvoirs extraordinaires. Ensemble, ils luttent contre la monarchie afin de rétablir l’égalité entre tous les hommes. Perdue, déboussolée et en colère, Adelina perçoit d’abord cette organisation comme un cadeau tombé du ciel, le moyen d’avoir une famille, des amis qui la comprennent et l’apprécient pour ce qu’elle est. Alors elle fait des efforts pour s’adapter et être acceptée, aimée, protégée. Elle développe grâce à leur entraînement son don d’illusionniste avant de se rendre compte que son passé la poursuit… Repérée par l’Inquisiteur en chef, la jeune fille n’a d’autre choix que de devenir agent double afin de sauver sa petite sœur des griffes de la monarchie qui la retient prisonnière. Ballottée entre les deux camps, l’héroïne finira par y perdre son âme ainsi que ses illusions…

Personnellement, j’ai beaucoup apprécié cette lecture à la fois fantastique et rythmée. Bien que le récit suive les codes attendus de la dystopie, ceux d’une faction qui s’insurge contre le pouvoir établi, il bouscule un peu les convenances en s’appuyant sur une héroïne sombre, qui n’a aucune conviction politique et dont les pas sont simplement mus par ses besoins ou ses émotions. N’ayant ni conscience du bien ou du mal, Adelina utilise essentiellement son don pour se protéger sans prendre le temps de réfléchir au bien fondé de ses actes, s’attirant du même coup les foudres de ses ennemis comme de ses amis. Ces derniers sont d’ailleurs assez bien choisis pour le déroulé de l’intrigue puisqu’ils campent des alliés dont elle devrait se méfier : un amoureux en perpétuel doute et un ennemi qui lui ressemble tellement…

Question décor, là encore, pas de réelle surprise. L’histoire évolue dans une atmosphère moyenâgeuse et merveilleuse tantôt romantique et tantôt guerrière.

Le style de l’auteure est agréable. Il se décline en phrases courtes et simples qui font la force des récits jeunesses.

Young Elites est donc un roman plaisant qui cache une conclusion originale et surprenante invitant le lecteur à poursuivre cette aventure au plus vite…

La Veuve de Fiona Barton

A la mort de son mari, Glen, Jane Taylor n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle vit recluse dans sa maison pour éviter la horde de journalistes qui tambourine à sa porte depuis bientôt quatre ans, depuis que Glen a été soupçonné dans l’enlèvement de la petite Bella.
Partagée entre ses souvenirs heureux d’un passé sans tache et son effroyable présent, la veuve décide finalement de clore ce chapitre de sa vie en se confiant, contre toute attente, à Kate, une journaliste de presse écrite à la recherche DU scoop… Commence alors un long témoignage sur les traces de la vérité… Une vérité qui n’aura de cesse de rebondir pour mieux nous surprendre.

En commençant La Veuve, le lecteur est immédiatement plongé au coeur du quotidien de Jane Taylor, cette quadragénaire effacée, épouse du célèbre Glen Taylor, auteur présumé de l’enlèvement de Bella il y a quatre ans.
L’histoire commence par une narration à la première personne dans laquelle Jane, dont nous partageons les pensées, nous apprend qu’elle est heureuse du décès de son mari sans pour autant nous en expliquer la cause. Le mystère s’épaissit lorsque la veuve, malgré les avertissements de feu son époux, reçoit la journaliste, Kate, à son domicile et nous laisse partager ses souvenirs heureux d’un passé immaculé. Les chapitres s’enchaînent et le lecteur ne sait plus quoi penser car Jane étale devant nos yeux dubitatifs sa vie parfaite en compagnie de l’homme idéal. L’écart se creuse entre sa joie initiale concernant l’événement tragique qui est sensé l’accabler, la présence incessante des médias et ce discours discordant d’une femme sous emprise, soumise aux règles d’un mari pourtant absent. L’ambiguïté s’installe, le doute aussi. Puis viennent les chapitres écrits à la troisième personne où l’inspecteur chargé de l’enquête, Bob, ainsi que Kate nous explique, avec mesure, l’ampleur de la tragédie. Une petite fille a été enlevée. Par Glen ? Cet homme si merveilleux que Jane ne cesse de nous décrire ? Notre esprit logique de lecteur averti s’affole… Dans quelle histoire sommes-nous embarqués ? Qui est coupable ? Complice ? Que sait la veuve ? Nous cache-t-elle d’horribles révélations ? Et enfin, la trame du scénario éclate, à travers le témoignage de Jane, bien sûr, mais aussi grâce aux nombreux flashes-back qui s’intercalent dans le présent, comme les pages manquantes d’une histoire incroyable.

La force de ce livre réside essentiellement dans la structure du scénario qui désarticule le fait divers pour créer un immense puzzle à triple entrée. Avec Jane, on vit d’abord un mélange de présent et de passé complètement orienté, subjectif, en fonction de ce que la veuve a vécu et ressenti. Elle nous expose sa naïveté, sa douleur, ses incompréhensions, sa méfiance aussi… Avec Bob, on plonge dans l’enquête de terrain, le procès, la relax et la nouvelle enquête qui s’avère, quant à elle, concluante. Le lecteur entraperçoit enfin les faits de façon beaucoup plus objective, scientifique, logique. Avec Kate, on assiste à la médiatisation de l’affaire, à la course au scoop, à la manipulation…

Avec une plume légère et sincère, l’auteure nous retranscrit merveilleusement bien les émotions et pensées de son héroïne, Jane, qui nous apparaît tour à tour soumise, lucide, candide avant de nous bluffer par son objectivité finale. Quand elle fait parler Kate ou Bob, Fiona Barton se retranche dans le vocabulaire professionnel des deux autres personnages, les faisant vivre et respirer au rythme de leur travail. Leur obsession de détenir la vérité nous conduit dans une ambiance plus sombre et plus haletante qui flirte magistralement avec le suspense.

Question structure, le sel du thriller est là. Témoignages, fausses pistes, course contre la montre, rebondissements se disputent la vedette pour nous proposer une histoire riche et bien amenée alors qu’elle repose, à l’initial, sur un fait divers complètement banal malgré sa dimension tragique.

Ce que j’ai particulièrement aimé dans ce roman, c’est que tous les aspects du récit sont traités avec une rigueur et une émotion incroyable. Le personnage de Jane est plus que bien construit, c’est lui et sa personnalité qui donne le ton à l’histoire et la fait sortir de sa simplicité. Jusqu’au dernier moment, personne ne sait vraiment qui est cette veuve et surtout quel rôle elle a joué dans cette affaire.

La Veuve est pour moi un coup de coeur littéraire indéniable et je ne peux que vous conseiller d’en ouvrir les pages pour en savourer toute la richesse.
Pour les fans de Mary Kubica.

Dualed, Tome 2 : Divided de Elsie Chapman

Maintenant qu’elle est accomplie, West réapprend la vie. Jonglant entre sa relation avec Chord, ses cours au lycée, son boulot d’assistante en maniement des armes et ses séances de psy, le jeune fille ne chôme pas. Alors lorsque le Conseil la convoque, West imagine le pire. Son passé de chasseuse est certainement en train de la rattraper… à moins qu’on ne veuille lui confier une mission un peu spéciale…

En refermant Dualed, je ne voyais pas trop quelle suite pouvait nous proposer Elsie Chapman puisque l’histoire était finie. Elle manquait certes d’une meilleure description de la société dans laquelle évolue West, manque qui est finalement comblé par ce second volume.
Dans la suite de son récit, l’auteure a donc choisi de faire intervenir un membre haut placé du Conseil, Sabian, qui propose à notre héroïne d’accomplir une toute dernière mission de chasseuse : éliminer les Alts de trois des enfants du Conseil en échange d’une vie d’accompli pour ses propres enfants. Après quelques hésitations, West accepte le marché mais lorsqu’elle se retrouve en situation, face à ses nouvelles « victimes » les événements prennent une tournure plutôt inattendue… Incapable de tuer ses nouvelles cibles, l’adolescente les transforme, grâce à une arme inédite, en non-Alts, en personnes ne possédant plus ni droits ni vie dans la ville de Kersh mais complètement libres… et surtout vivantes. A ce moment du récit, les rebondissements vont se multiplier pour parvenir à… Non, je ne dévoilerai rien afin de préserver le suspense de l’intrigue.
Sachez cependant que si le début de l’histoire manque d’énergie et de conviction, le développement et la conclusion sont quant à eux menés d’une main de maître. Dans ce tome, la surprise est au rendez-vous, les révélations pleuvent (même si elles ne vont pas toutes dans le sens dans lesquelles on les attendait) et les héros s’affranchissent des règles pour inventer leur propre jeu.
Le style d’Elsie Chapman est toujours aussi fluide et agréable, bien dans l’ère du temps.
Un roman que j’ai eu plaisir à suivre et que vous pouvez lire indépendamment du premier si vous aimez les dystopies qui flirtent avec le thriller ainsi que la science fiction.

Méthode 15-33 de Shannon Kirk

Kidnappée sur le chemin de l’école, une jeune fille de 16 ans, enceinte de huit mois, se réveille à l’arrière d’une camionnette. Les yeux bandés, elle écoute son instinct logique et compte les pas qui la conduisent dans sa chambre prison. A l’affût du moindre détail, elle commence à noter, mentalement, puis dans le carnet que son ravisseur lui procure les habitudes de ce dernier ainsi que toute la liste des choses qui sont mises à sa disposition. Elle consigne également chaque visite du médecin, comme celles des gens qui veulent lui prendre son bébé.
Les jours passent, un plan s’échafaude…
Elle ne laissera rien ni personne faire du mal à l’enfant qu’elle porte. Elle s’échappera. Et elle les tuera. Tous.

Méthode 15-33 est un drôle de thriller, très addictif et palpitant, qui met en scène une héroïne aussi, si ce n’est plus, psychopathe que ses ravisseurs ainsi qu’un agent fédéral aux méthodes particulières…
Racontée à deux voix, l’histoire nous fait vivre les événements selon deux points de vue. Celui de la victime, une jeune sociopathe à l’esprit cartésien, habituée par ses parents depuis toute petite à affronter des situations délicates et qui va s’appliquer, jour après jour, à fomenter un plan d’évasion et de vengeance. Et celui d’un agent fédéral qui ne lâche rien, à l’acuité visuelle remarquable et à la mémoire prodigieuse. Il est assisté dans sa tâche par une partenaire aux sens ultra développés qui n’hésite pas à molester ses suspects.

Même si le scénario n’est pas « découpé » en plusieurs actes, il respecte néanmoins trois parties distinctes et inégales. Le lecteur suit d’abord le kidnapping ainsi que la séquestration au cours de laquelle les héros collectent des indices pour résoudre leur problème. La jeune fille pour sa quête de liberté, les policiers pour résoudre l’enquête. Cette étape, même si elle comporte quelques longueurs inhérentes au fait que chaque narrateur éprouve le besoin de nous expliquer dans le détail ses capacités, son histoire ainsi que le déroulé de ses actions, pose les bases de l’histoire, l’ambiance, le décor, les personnages. Pour ma part, elle a été ma partie préférée. J’ai accroché de suite avec le caractère de la victime, j’ai aussi aimé imaginer ce qu’elle pourrait faire avec l’ensemble des données collectées. Enfin, j’ai adoré lire un thriller où la victime ne se laisse pas abattre mais prend le taureau par les cornes pour rendre coup pour coup.
La seconde partie du récit concerne l’évasion. Dans ces chapitres, l’auteure nous conduit de rebondissements en rebondissements, entre succès et défaites, entre surprises et frissons. Cette partie est très certainement la plus active de toutes puisque c’est dans ces chapitres que figure la résolution de l’histoire.
Enfin, il y a cette troisième partie où le lecteur assiste au procès des complices, aux mensonges de l’héroïne ainsi qu’à sa vengeance étalée sur plusieurs décennies avant de parvenir à cette conclusion douce-amère. Je dois dire que c’est l’épisode qui m’a posé le plus de problème en raison des faux témoignages et de la manipulation qu’opère la victime pour obtenir compensation. Même si j’ai aimé la résolution finale, je n’ai pas adhéré au cheminement pour y parvenir.

Méthode 15-33 est au final une lecture plaisante pour qui aime vibrer au rythme d’un récit tout en tension. Pour ma part, j’ai vraiment adoré le personnage principal, cette adolescente à contre-courant qui n’est ni fragile ni stupide ni impressionnable. J’ai aimé l’enquête, les rebondissements à mi-parcours qui ajoutent du suspense et qui prennent de cours le lecteur. J’ai apprécié aussi les enjeux du livre, très forts et dramatiques. Ce roman aurait pu être un formidable coup de coeur si certaines longueurs avaient été évitées et, surtout, si les parties du procès et de la vengeance n’avaient pas empiété sur la morale, celle qui nous permet de rester, en toutes circonstances, dans le droit chemin…

Dualed, Tome 1 : Dualed de Elsie Chapman

A Kersh, la vie revient aux plus forts. Lorsque vous êtes activés, vous avez 31 jours pour éliminer votre double afin de montrer à la société que vous êtes dignes de la défendre et de vivre.
Pour West, une adolescente de quinze qui a déjà perdu toute sa famille, l’activation prend une toute autre signification. Elle sonne le glas de la fuite, celle du reniement de ce qu’elle a toujours été : une battante. Car West ne veut pas risquer la vie de Chord, récemment accompli ; elle sait que si elle reste, le jeune homme fera tout pour la protéger et elle n’est pas prête à sacrifier la dernière relique de son existence passée. Alors, pour passer le temps et acquérir de l’expérience, West devient chasseuse et traque illégalement les Alts des autres. Elle sait que dans 31 jours, elle n’aura d’autre choix que de faire face à ses problèmes sous peine d’être désactivée mais la jeune fille n’en a cure, elle veut juste pour un temps oublier ces chaînes qui l’entravent, retrouver un second souffle et, peut-être, trouver la motivation qui lui manque pour sauver sa peau…

Premier roman d’Elsie Chapman, Dualed marque le début d’une saga dystopique Young Adult.
Si le récit démarre sur les chapeaux de roue avec l’activation de Chord et l’assassinat de Luc, le frère de West, il ralentit l’allure assez rapidement pour s’enliser dans les réflexions existentielles de l’héroïne, West, une jeune fille de quinze au caractère bien trempé. En perdant le dernier membre de sa famille, l’adolescente réalise soudain qu’il ne lui reste plus rien et se demande vraiment si elle a encore la force de vivre, si elle mérite sa place au sein de cette société. Les sentiments qu’elle éprouve pour Chord et qu’elle ne s’autorise pas à admettre la conforte dans son idée d’échapper à toute cette frénésie qui anime les nouveaux activés. Et pour alimenter son moulin, lorsque son tour survient, Chord veut absolument la protéger au péril de sa propre vie. Pour West, c’en est trop. Elle doit fuir, très loin, très vite, avant qu’il ne soit trop tard et qu’elle perde encore quelqu’un. La jeune devient alors chasseuse et tue sans vergogne les doubles de parfaits inconnus, comme pour se prouver qu’elle peut le faire, qu’elle peut être utile et efficace.
Dans cette histoire, les personnages, en particulier celui de l’héroïne, sont solides et défendent assez bien le récit. Seulement, voilà ! Je ne m’attendais pas à voir le roman prendre cette direction. Je pensais trouver un affrontement qui conduirait à un choix délicat permettant de remettre en cause cette société qui exige de ses sujets le sacrifice de leur vie ou de leur âme. Je pensais que l’auteure jouerait sur cette aspect de la gémellité des individus pour faire rebondir son roman. Elsie Chapman a opté pour un tout autre chemin, celui de la remise en cause de la valeur de la vie puis celui de la défense de l’amour.
Même si la narration comporte parfois des longueurs, j’ai particulièrement apprécié la fin où tout s’accélère, où l’héroïne ne peut plus se défiler et accepte enfin son rôle.
Le style, quant à lui, est efficace ; il touche en allant droit à l’essentiel.
Alors même si le roman m’a un peu surprise, qu’il a pris des tours tortueux pour arriver au bout de son histoire, je reste charmée par ce texte aux questions de fond intéressantes. La valeur de la vie se mesure-t-elle par rapport à nos actes de bravoures ou celle de notre dévotion ? Et deux êtres totalement identiques, s’ils suivent des chemins de vie différents, peuvent-ils au bout du compte être semblables ou au contraire diamétralement opposés ? C’est sur ces questions que je vous laisse réfléchir tout en vous recommandant d’ouvrir Dualed, il vous ouvrira les portes d’un monde différent, à l’ambiance unique. Un monde vu à travers les yeux d’une adolescente qui se cherche et qui finit par se trouver…