Les Fils du Vent – Livre V Émergences de Aurélie Chateaux-Martin

A Naÿl, la liaison entre Borée et Khamsin ne reste pas longtemps secrête. Blessé et déçu par le comportement de sa mère qui, pour lui, a trahi sa famille, Thalwind s’empresse de prévenir son père, Simal. Ce dernier, malgré sa grande tritesse, prend sur lui pour passer outre ; il aime Borée par dessus tout et est prêt à sacrifier son bonheur personnel pour celui de son épouse, espérant silencieusement que son frère, Khamsin, soit rappelé par ses obligations à Al Jadida au plus vite. La sagesse de Simal est bientôt récompensée car, désireux d’honorer ses promesses, Khamsin retourne de l’autre côté du désert afin de fonder sa propre école de magie. Dans ses bagages, il emporte cependant avec lui Alizée, la fille unique de Simal et Borée, pour qu’elle l’aide à initier ceux qui ont reçu le don dans cette partie du monde qui a tellement de mal à accepter et à reconnaître les talents particuliers de certains. Passée la stupeur, Simal et Borée ne peuvent appesantir sur la douleur de cette séparation car une autre épreuve les attend déjà… Borée est enceinte de Khamsin mais le couple a bien l’intention de cacher ce “détail” aux yeux de tous et d’élever cet enfant comme le leur… Jusqu’à ce que les liens du sang éclatent au grand jour…

Avec ce cinquième tome de la saga fantasy érotique d’Aurélie Chateaux-Martin, c’est le point de vue et le quotidien des femmes de cette communauté d’Alk Tempoh qui est mis à l’honneur.

Par l’intermédiaire de récits de vie, d’extraits de mémoires ou de journaux intimes, le lecteur plonge avec sensualité dans la recherche du bonheur d’une famille d’Alk Tempoh, ces êtres magiques, fils d’Éole, dotés de pouvoirs mais aussi de désirs aussi ardents que sulfureux. Si certains y parviennent comme Joran, ses deux épouses et ses trois enfants. D’autres ont bien plus de mal à concilier leurs besoins avec leur vie de famille ou leurs obligations diverses. Et c’est dans ces failles que l’auteure nous immerge avec ce cinquième épisode, en nous proposant des héros tourmentés, frustrés et parfois même désabusés.

Dans Émergences, le mensonge, la manipulation, le sacrifice et la bravoure vont plus que jamais rythmer cette aventure familiale riche en rebondissements car l’enjeu est toujours le même bien que son image diffère pour chacun ; les Alk Tempoh aspire à trouver, sauver ou conquérir la plénitude malgré les vicissitudes de la vie.

Personnellement, j’ai passé un agréable moment en compagnie de ce cinquième volet des Fils du Vent. Les passages concernant Al Jadida et les problèmes que Khamsin rencontre pour maintenir son école dans un contexte culturel et politique explosif sont réellement passionnants et Aurélie Chateaux-Martin a su dépeindre les enjeux de cette bataille contre les idées reçues et le poids de la tradition dans le monde oriental avec une grande justesse. J’ai apprécié également les réflexions menées par Thalwind sur sa vie amoureuse ainsi que les comparaisons qu’il effectue avec ce que vivent ses parents. Le parallèle est bien mené et apporte une certaine profondeur aux actions. J’ai admiré la dévotion et l’amour indéfectible dont Simal fait preuve à l’égard de Borée tout au long du texte. J’ai compati à la douleur de Shamal lorsqu’elle a dû surmonter son deuil pour l’enfant qu’elle a perdu afin d’aller de l’avant pour son “nouveau” bébé.

Et, cependant, j’ai aussi été déçue car, dans cet opus, le récit manque à mon sens de magie et de merveilleux, aspect que j’avais tant aimé découvrir dans les précédents tomes. J’aurais préféré suivre les progrès des uns et des autres dans le développement de leurs capacités, que l’école de magie soit le lieu de tous les charmes et possibles… J’aurai aimé que le quotidien, presque humain, prenne moins de place dans la structure de ce récit.

Question style, en revanche, Aurélie Chateaux-Martin continue de nous tenir en haleine avec ce mélange de tons et de genres qui apporte du relief et de la personnalité à chacun de ses héros. Par ailleurs, je tiens à souligner que le travail effectué sur la psychologie des personnages est assez remarquable.

Émergences est donc, pour moi, un roman qui, certes, manque de merveilleux et de fantasy mais dont la richesse des rapports humains séduira un public averti pour ne pas dire adulte et dont la suite promet des rebondissements riches et surprenants.

Library Jumpers, Tome 1 : La Voleuse de Secrets de Brenda Drake

Alors qu’ils consultent des livres à la bibliothèque de Boston, Gia et ses amis, Nick et Afton, assistent à la mystérieuse disparition d’un jeune homme à l’intérieur d’un livre. Intrigués, les trois adolescents examinent l’ouvrage, en lisent un passage et se retrouvent aussitôt propulsés dans une bibliothèque parisienne au milieu de ce qui semble être une bataille tout droit sortie d’un conte fantasy. Sous leurs yeux ébahis, des guerriers munis de longues épées affrontent une bête étrange, indéfinissable…
Lorsque le combat s’achève, les guerriers, un groupe de cinq adolescents aguerris, cherchent à comprendre comment de simples humains ont réussi à franchir le portail-livre au péril de leur vie. En démêlant le déroulé des événements, les jeunes gens parviennent très vite à l’improbable conclusion : Gia possède des pouvoirs magiques…
En quête de sa véritable identité, la jeune fille va découvrir un monde caché dans lequel évolue une myriade de créatures magiques divisées en deux camps prêts à s’affronter… Dans cette guerre qui se prépare, Gia ne le sait pas encore mais elle jouera un rôle déterminant… Celui d’une Élue attendue pour apaiser les tensions.

En « adoptant » ce roman, je m’étais préparée à vivre une aventure extraordinaire et originale dans un univers particulier, fait de magie et de mystères. Si la dimension magique a bien été respectée, l’originalité, quant à elle, m’a un peu manqué. La Voleuse de Secrets est en réalité le premier tome d’une saga fantasy young adult convenue qui reprend les codes usuels de ce genre textuel sans même les dépoussiérer.
Le roman est conduit par Gia, une jeune magicienne qui s’ignore, élevée par son beau-père depuis le décès de sa mère, qui va accepter son nouveau statut ainsi que ses nouvelles responsabilités d’Élue sans jamais sourciller. Tout au long du texte, la jeune fille sera accompagnée par divers mentors, assez stéréotypés, chargés de faire son éducation jusqu’au moment où elle s’émancipera pour enfin conduire l’histoire vers la bataille entre le Bien et le Mal.
D’un point de vue structurel, le scénario est tout à fait basique.

Le monde magique héberge des forces et des espèces rivales qui s’affrontent pour obtenir le pouvoir suprême et, dans ce contexte, l’héroïne sert de maillon tantôt fort, tantôt faible, au camp des gentils pour créer la dynamique narrative du duel qui oscille entre victoires et défaites. Dans le même temps, l’héroïne enquête sur son passé afin de découvrir ses origines tout en flirtant avec le chef des Sentinelles chargé de sa protection.
Ce déroulé aurait pu passer si le style avait été impeccable, poétique ou porté sur la philosophie. Malheureusement, de ce point de vue, le texte manque cruellement de recherche et sombre encore une fois dans les clichés adolescents.

Pour ma part, j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans l’histoire car ni l’héroïne, ni l’intrigue ne m’a réellement accrochée. Seule la fin, avec ses révélations de dernière minute, a éveillé mon intérêt, un peu tard…

En bref, La Voleuse de Secrets est un roman qui demeure trop sur les sentiers battus sans jamais nous proposer d’alternative étonnante.
L’univers est certes riche mais manque d’originalité pour un registre déjà largement exploré.
Dommage…

Starters de Lissa Price

La guerre des spores a balayé la quasi totalité des adultes. Dans cette société en reconstruction, seuls les Starters, les plus jeunes, et les Enders, les plus vieux, ont survécu. Les Starters qui n’ont pas de tuteurs légaux vivent en marge, sans maison ni ressources, tandis que leurs aînés affichent leurs richesses sans honte ni pudeur. Bien que le procédé soit illégal, Callie, jeune orpheline de seize ans, est prête à céder son enveloppe charnelle à une société spécialisée dans la location de corps contre une somme d’argent qui lui permettra de les faire vivre, elle et son petit frère, pendant plus d’une année. Après quelques essais fugaces mais concluants, l’adolescente s’engage pour un contrat plus long. Un mois entier sous l’emprise d’une Ender inconnue. Malgré les doutes et les angoisses, la jeune fille échange sa place. A son réveil dans un club de nuit, Callie se rend compte que quelque chose cloche ; elle ne devrait pas être là mais sur un lit d’hôpital. Qu’a-t-il bien pu se passer ? Et pourquoi entend-elle cette voix, dans sa tête, qui l’avertit qu’elle court un grand danger ?
Entre manipulations et enquête, la vie de Callie a définitivement basculé. Ce qu’elle ne sait pourtant pas c’est que le complot dans lequel elle a mis les pieds à son insu, la privera bien plus que de la récompense promise.

Avec Starters, la dystopie science fiction de Lissa Price démarre dans l’angoisse du lendemain d’une adolescente, Callie, qui ne souhaite qu’une seule chose : sauver son petit frère de la rue et de la maladie. Profitant de sa crédulité, la société de location des corps lui promet une petite fortune contre l’utilisation de son corps. Après quelques réticences, Callie accepte, rêvant déjà de la vie qu’elle pourrait offrir à son frère. Mais l’opération tourne mal et l’adolescente émerge dans la vie d’une autre, une Ender de plus de cent ans, qui mène grand train et qui prévoit de perpétrer un meurtre. Paniquée à l’idée de perdre le peu de liberté qu’il lui reste, Callie déjoue tous les plans de sa locataire avant de reperdre le contrôle de son corps. Ballottée entre des périodes de rêves et de conscience, la jeune fille découvre avec effroi que les manigances de sa locataire se poursuivent. Pour sauver sa vie ainsi que celle de son frère, Callie enquête et met le doigt sur une abominable vérité qui dépasse tout ce qu’elle avait imaginé.
Dans un style concis et agréable, l’auteure met en scène son intrigue, son décors et tous ses personnages avec un certain brio. Rien ne perturbe la lecture, tout est dosé avec soin pour procurer plaisir et sensations.
Le récit est bien structuré et ménage le suspense jusqu’au bout. Et quelle fin ! Une de celle qui vous invite à plonger dans le second tome sans attendre car Starters dépasse la simple histoire young adult, il porte un message altruiste et généreux caché dans un thriller à l’univers incroyable.
A lire !!!

Mara Dyer, Tome 1 : Qui est Mara Dyer ? de Michelle Hodkin

Lorsque Mara se réveille, elle est alitée dans un lit d’hôpital sans souvenir de ce qu’elle fait là.
Sa mère lui apprend qu’elle vient d’échapper miraculeusement à la mort en sortant presque indemne des gravats d’un immeuble qui s’est effondré. Ses amis, Rachel, Jude et Claire, n’ont pas eu la même chance…
A sa sortie, Mara est victime d’hallucinations ; elle voit des choses qui n’existent pas comme ses amis décédés qui l’observent et lui parlent. Excédée par cette situation et désireuse d’aller de l’avant, la jeune fille propose à sa famille de déménager.
La famille accepte de partir en Floride loin de tout et pourtant… Même à l’autre bout des États-Unis, Mara continue d’avoir des visions, des visions qui virent étrangement à la réalité… La jeune fille s’interroge : est-elle devenue psychotique ou est-elle réellement en possession d’un pouvoir ? C’est ce que Mara va tenter de découvrir…

Qui est Mara Dyer ? Un titre très judicieux et complètement énigmatique pour une histoire qui démarre comme un drame avant de glisser crescendo dans l’expérience paranormale.
Dans ce premier tome, on suit la jeune Mara qui émerge de cet accident dont elle ne se souvient pas, l’effondrement d’un immeuble. Très vite les épisodes hallucinatoires dans lesquels l’héroïne s’enferme, conduisent toute la famille à déménager. Mais à Miami, loin de s’arranger, la situation empire jusqu’à virer au cauchemar intégral. Autour de Mara, des gens meurent dans des circonstances plus que surprenantes. De la façon dont elle a pensé virtuellement les éliminer… Coincée dans une bulle de psychose, l’adolescente n’ose se confier à personne de peur d’être internée jusqu’à ce que le beau Noah entre dans sa vie et lui fasse oublier tous ses démons, plongeant le récit dans une romance sucrée-salée. Puis les phénomènes paranormaux, tout comme les souvenirs qui refont surface dans ses rêves, reprennent le dessus, gagnant toujours plus en intensité… Perdue et isolée, Mara a l’impression d’être responsable de ce que qui s’est passé… La fin, grandiose, nous révélera que l’histoire est bien plus compliquée qu’elle n’en avait l’air et que ce que nous tenions pour acquis ne vaut plus rien…
Avec un scénario simple mais solide, presque attendu, Michelle Hodkin nous désarçonne à la toute dernière seconde avec cette conclusion incroyable qui remet tout en cause. S’appuyant sur des héros contrastés et drôles malgré eux, l’auteure joue avec notre anticipation du récit, nous faisant croire que nous savons beaucoup, parfois presque trop, alors qu’en réalité nous sommes passés à côté de l’essentiel, depuis les premiers mots.
Les personnages, un peu stéréotypés, sont tout de même très attachants, en particulier Noah dont le sarcasme et la dérision rendent le récit presque léger malgré les situations souvent dramatiques.
Quant au style, il sert tout simplement le récit en exprimant formidablement les émotions et les tensions.
Au final, Qui est Mara Dyer ? est un roman dont j’aurais aimé lire la suite pour avoir le fin mot de l’histoire, malheureusement il n’est disponible qu’en version originale !!! 🙁

Need de Joelle Charbonneau

Nous sommes NEED, nouveau réseau social réservé aux élèves du lycée de Nottawa, dites-nous de quoi vous avez besoin et nous étudierons votre requête en vous promettant le plus parfait anonymat…
La nouvelle fait aussitôt sensation. En quelques jours, la plupart des élèves du lycée se sont inscrits sur ce réseau. Certains demandent des A à leurs évaluations, d’autres une semaine supplémentaire de vacances, ou encore de l’argent, des places de concert, des téléphones portables, des tablettes, des vélos, le silence…
Kaylee, elle, voit là l’opportunité de sauver son petit frère qui a besoin d’une rapide greffe de rein.
Très vite, la machine s’emballe car, dans la vie, rien n’est jamais gratuit et NEED ne fait pas exception à la règle. En contrepartie de ses « cadeaux », il exige des services. D’abord anodins, puis de plus en plus hors des règles et du cadre de la société.
La question qui va alors s’imposer est toute simple : jusqu’où les lycéens de Nottawa sont-ils prêts à aller pour satisfaire leurs « besoins » ?
Kaylee et ses amis vont rapidement le découvrir…
Avec NEED, j’ai découvert une auteure de talent, au style percutant et soigné, qui met en scène une histoire palpitante.
Le roman, un thriller extrêmement bien construit, nous entraîne dans les méandres d’un jeu de manipulation grandeur nature dans lequel personne n’est vraiment dupe.
Raconté à plusieurs voix, il suit le parcours d’une poignée d’adolescents confrontés à des choix plus ou moins malsains. Il y a tout d’abord la définition du mot « besoin » qui ressemble davantage, pour certains, à une envie aussitôt sanctionnée par un prix à payer. Et puis il y a ces missions-punitions qui sont proportionnées à la demande et qui mettent au défi les participants. Si certains s’interrogent avant de se lancer dans l’action, d’autres, moins scrupuleux, foncent tête baissée, profitant de leur anonymat pour ne penser qu’à la récompense qu’ils vont recevoir.
Au début du texte, les enjeux paraissent flous mais au fur et à mesure, ils prennent consistance, forçant les jeunes à enfreindre les lois et un plan machiavélique se dessine, surtout lorsque les acteurs commencent à mourir « accidentellement ».

Dans ce récit, les personnages jouent un rôle primordial. C’est leur caractère ainsi que leurs motivations qui vont être au centre du scénario. Chacun d’entre eux est choisi pour suivre un schéma psychologique bien précis. Si Kaylee est le personnage principal, avec ses chapitres récurrents et sa narration à la première personne, elle n’est pourtant pas la seule à tenir cette histoire où chaque voix compte, où chacun est l’engrenage qui conduit à la prochaine action. Néanmoins, Kaylee possède quelque chose de particulier. Elle est la seule à réellement faire part d’un besoin et c’est peut-être pour cette raison qu’elle devient celle grâce à qui le voile va être levé. Son opiniâtreté, son honnêteté feront tomber celui qui œuvre en secret.

NEED est donc un livre addictif, moderne, coup de coeur par bien des aspects (structurels, stylistiques, moraux…). Par son scénario impeccable, agencé comme un puzzle qui s’emboîte au fil des pages, il ne cesse de nous mettre face à nos comportements consuméristes, en nous renvoyant constamment au visage la notion de besoin et d’envie. Il nous fait également nous interroger sur nos motivations et notre détermination à les satisfaire.
NEED est un livre coup de poing génial que je vous invite à découvrir au plus vite.

Effacée, Tome 3 : Brisée de Teri Terry

Déclarée morte à cause de l’explosion de son Nivo, Kyla change son apparence et son identité avec la complicité d’Aïden pour rejoindre sa ville natale. Elle veut rencontrer sa mère, connaître sa famille, retrouver des lieux ainsi que des rituels attachés à son passé. Mais là-bas, au lieu des réponses espérées, ce sont encore des questions qui l’attendent. Car tandis que le mystère entourant son kidnapping se désagrège lentement, Kyla ou plutôt Donna commence à douter des liens de parenté qui l’unissent à Stella, sa prétendue mère. Trop de petits détails ne correspondent pas…
Une chose cependant ne change pas. Dans cette vie comme dans les autres, Kyla est en danger.

C’est une conclusion étonnante qui nous est proposée dans ce troisième tome de la saga young adult Effacée. Le scénario plonge progressivement dans les limbes de la politique et du pouvoir, celles qui n’épargnent ni la famille ni la morale pour parvenir à ses fins…
Si le début du roman nous fait remonter le temps, dans le passé de Kyla, la suite nous entraîne dans le camp des rebelles où ces derniers échafaudent de nouveaux plans pour démasquer les Lorders et le gouvernement de la coalition centrale.

Dans ce tome, l’héroïne qui acquiert une nouvelle envergure par l’exercice de son autonomie, n’hésite pas à s’isoler pour mieux comprendre son histoire personnelle avant de se lancer à corps perdu dans la bataille anti-gouvernementale. En chemin, des amours seront brisés, des rêves prendront forme et des ennemis seront contrecarrés.

Avec Brisée, la science fiction cède la place à la dystopie dans ce qu’elle représente vraiment puisque l’auteure insiste surtout sur le démantèlement du pouvoir, sur l’effondrement de cette société imparfaite, asservissante et inégale. Elle place ainsi la romance au second plan et pose des questions philosophiques essentielles sur la valeur de nos vies et de nos idées mais aussi sur notre prédétermination à faire le bien ou le mal, avec un style toujours sincère et franc.

Si j’ai apprécié la dimension politique du récit, j’ai trouvé en revanche que l’héroïne manquait par moment de passion dans ses choix ou ses actes. La saga reste néanmoins une lecture enrichissante et agréable, à l’univers marqué par cette dictature insidieuse qu’une poignée d’hommes ose combattre. J’aurais aimé que l’implication de Kyla soit juste plus forte pour donner davantage de peps et de tension au scénario.
Brisée reste un vrai moment de surprises qui insuffle l’espoir…

La Trace de Christine Féret-Fleury

Sarah se marie avec le très convoité Adrien. Toute la famille, les amis sont présents mais au tout dernier instant, Sarah s’enfuit avec Rebecca, sa cousine, et sa grand-mère.
La jeune femme est persuadée que son futur époux veut l’assassiner. Commence alors une vraie cavale à travers l’Amérique…

Dès le début de La Trace, Christine Féret-Fleury nous plonge dans un univers mystérieux, raconté à trois voix.
Avec Rebecca, 17 ans, le lecteur vit la corvée du mariage ainsi que la cavale vue de l’extérieur. Il apprend à connaître le couple de futurs mariés dans ce qu’il laisse transparaître. Il appréhende chacune des situations avec les yeux du spectateur. Certes, la vision de Rebecca n’est pas totalement objective puisqu’elle aime Adrien sans s’en cacher, mais son lien de parenté avec Sarah l’oblige à prendre du recul par rapport à ce qu’elle vit et rend son discours plus fiable.
Avec Sarah, le lecteur partage les doutes et les angoisses que procure la préparation d’un mariage. Il fait également la connaissance des membres de la famille. Enfin, il réfléchit sur les tenants et les aboutissants de chaque situation.
La troisième voix est celle du tueur dont on sait assez rapidement qu’il est un homme, déçu par le comportement de la promise, et qu’il n’en est pas à son premier coup d’essai… A ses côtés, le lecteur devient chasseur et partage les pensées d’un psychotique déjanté qui fantasme sur ce qu’il s’apprête à faire.

Dans ce livre court et prenant, façon road trip, construit comme une chasse à l’homme, le suspens se lit à chaque page par la révélation de secrets qui vont tour à tour rediriger l’intrigue jusqu’au final surprenant…

Bien que le scénario soit simple, il est servi par des personnages riches en histoires et en personnalité.

Avec La Trace, l’auteure affiche un style sobre mais efficace, fluide et maîtrisé.

Ce roman n’est certes pas LE thriller de l’année mais il se laisse dévorer avec plaisir. La Trace est une course-poursuite effrénée dans laquelle s’expriment des héros emprunts de forces, de faiblesses mais surtout d’humanité.
A lire !

Les Yeux du Vide de Élodie Loisel

La vie de Cassie bascule lorsqu’elle se réveille après avoir fêté son diplôme d’obstétricienne, complètement nue et attachée à un lit dans une cabane miteuse dévorée par les flammes. Passé le choc de la découverte, la jeune femme se se calme et réfléchit. Elle parvient in extremis à se libérer avant que la maison s’effondre. Recueillie sur le bord de la route par un bon samaritain, Cassie est aussitôt conduite à l’hôpital. La police prend alors sa déposition pour bientôt remettre en cause son témoignage. Non, la jeune femme n’a pas été enlevée par un maniaque psychopathe à l’inverse de ce qu’elle prétend ; elle s’est rendue seule sur les lieux de sa captivité comme en atteste les vidéos de surveillance des autoroutes. Et il y a pire ! La maison où elle dit avoir été retenue a été détruite dans un incendie deux plus tôt…
Victime de phénomènes paranormaux inquiétants, Cassie va se mettre en quête de ce qui lui est vraiment arrivé. Son enquête la conduira sur la piste d’un tueur en série censé être décédé mais qui perpétue de nouveaux crimes…
Spéculations, pures hallucinations ou vérités incroyables ? C’est ce que Cassie va tenter de découvrir.

Attirée par la couverture de ce roman, j’ai ensuite été séduite par son synopsis accrocheur.
Dès les premières pages, l’auteure, Elodie Loisel, pose l’ambiance ainsi que les bases de l’histoire. Le lecteur est projeté en plein mystère. Un mystère qui enfle, qui interpelle et qui nous captive pour ne plus nous lâcher…
Avec Les Yeux du Vide, on vit l’histoire à travers les yeux de Cassie, une brillante étudiante en médecine, jeune femme rationnelle et sensée, plongée au coeur de phénomènes paranormaux qu’elle tente tout d’abord de combattre avant de se rendre compte que ces messages qu’elle reçoit sont destinés à la mettre sur la piste d’un tueur qui continue de sévir. En suivant les indices qu’une force énigmatique laisse pour elle, la jeune femme va bientôt réaliser que cette enquête la concerne davantage qu’elle ne l’avait imaginé, la faisant revenir dans le village où a été élevée sa mère. Cassie réalise alors qu’on lui a menti, depuis toujours. Sa famille ne se résume pas à une mère, un père et un frère. Elle possède également un grand-père, une tante et des cousins… Dont l’un d’entre eux est accusé à titre posthume d’être le tueur en série…

Entre thriller et roman fantastique, l’œuvre est addictive, pointue et très bien écrite. Le récit tout en chronologie donne la parole aux trois personnages principaux. La narration à la première personne nous fait partager les nombreux rebondissements que Cassie rencontre tout au long de son parcours. Les lettres du tueur adressées à ses victimes font office d’hommages posthumes. Enfin, les pensées du fantôme, cousin de l’héroïne, nous troublent autant qu’elles nous perturbent…

En lisant Les Yeux du Vide, j’ai vécu une aventure pleine de frissons et de suspens intenses car Cassie risque plusieurs fois sa vie. J’ai adoré le style de l’auteure toujours délicat et subtile.
Les Yeux du Vide est donc un livre savoureux à déguster sans aucune modération si vous aimez avoir le coeur qui palpite à chaque page… Un vrai coup de coeur !